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Plonger nos corps dans les eaux noires
--> Attentat temporel I

La fenêtre est ouverte. Le jour rentre sans obstacle. Je sens l'air chaud me traverser la peau et le chocolat me fondre sous les doigts. La chaleur d'un été qui ne verra sûrement jamais le jour dans ma tête. J'appréhende l'été comme j'ai appréhendé l'hiver tous les ans. Cette année, je n'ai même pas réussit à me poser la question du froid. Pas le temps. Comme si mes yeux me dirigeaient vers mes objectifs, vers les devoirs à rendre, les tours à réussir, les chorés à retenir. Rien d'autres que les obligations. Les formalités. Un cache qui empêche une vision périphérique du monde et des gens qui m'entourent. Mais je n'ai même pas le temps de me retourner sur moi. Les secondes ne s'immobilisent jamais de leur course folle. Je n'ai pas envie de m'arrêter. Au contraire. Mais juste me stationner un peu. Souffler pour mieux continuer. Parce qu'au fond, je fais tout ce que je dois accomplir, j'enchaîne tout, mais je ne réussis rien comme je le voudrais. Peut-être juste cette nouvelle à rendre à 19h. Les mots se sont butés les uns contre les autres pendant quatre semaines. Et le titre est mis. Envol à l’arrachée. Imprimer en sueur à 18h24. Dévaler les escaliers et les longs couloirs de la Fac pour la tendre, et puis repartir. Quand j'arrive dans mon 19 m² de solitude, je repense à ce mercredi loin d'être écoulé. Je retrouve les mêmes larmes déversantes à la Danse de l'après-midi. Je quitte le cours, je sens que mon corps n'est pas prêt pour les évaluations. Je sors, je cours, je pleure, mon ventre cri. Et puis ça passe comme ça peut. Le lendemain je m'enfuis très tard au fond du lit. J'ai marché longtemps pour arriver à la répète. La pluie tombait, j'avais froid et je n’avais qu'une envie. Laisser tomber, rentrer, me barrer loin de Paris. Vendredi. Mon réveil sonne bien trop tôt. J'enfile directement un jogging. Mon corps s'étire déjà, alors que mon esprit dort encore. Je ne me plains pas, je suis heureuse d'avoir été choisi avec les sept autres de ma classe. Un projet de plus. Une scène de plus, un public de plus, la Danse en plus. Sans même l'avoir demandé. Comme une invitation. C'est encore plus agréable. 11h15. Deux appels en absence. J'attends 15 minutes avant de rappeler. Histoire d'espérer encore un peu. Le papier jaune est arrivé. Mes parents ont pleuré avant d'appeler. Mon frère l'a su avant moi. Session satisfaisante. Je suis une pilote [ENFIN]. J'ai réussi, mes larmes sont comme des billes de verre qui s'éclatent sur le sol. Je peux mettre mon A [comme Artiste]. 12h. La bibliothèque m'a spécialement gardée une place. Je ne mange même pas. Juste un guronzan dans ma bouteille d'eau parce que je sens que mes yeux s'affalent sur mes notes de Civilisation latine. Et puis sur les leurs. Parce que s'ils n'étaient pas là, les cours à la Fac ne seraient plus pareil. Le partiel tombe. Je n'ai jamais assisté au cours, je Dansais à ce moment. La société archaïque. Je tiens les deux heures. Deux heures plus tard, maquillée, coiffée, tutu ajusté, pas conditionnée. J'attends mon tour dans les coulisses. J'ai des pointes aux pieds. Je ne sais pas monter dessus mais c'est la première fois. Paquita est en moi. Comme toutes les premières fois, je fais un voeu. Toujours le même. Comme toutes les premières fois, c’est excitant et stressant à la fois. Et puis je me transforme en une Carmen qui chante l'Amour, enfant de bohême. Je joue la comédie et j’espère que ça ne se voit pas. Parce que l'Amour, je n'sais pas ce que c'est. Besoin/Envie d'une piqûre de rappel. Evidemment la fin arrive vite, bien trop vite. Je n'ai pas eu le temps de savourer la scène. Salut. Ma prof de l'Opéra fait aussi la révérence. Elle porte un costume élégant. Elle se met à genoux. Remercie. J'ai les larmes aux yeux encore. Je suis une Artiste, je suis une hypersensible. Les mille places se vident. J'enlève un peu de couleurs à mes yeux. Pour ne pas provoquer dans le métro. Mon chignon est encore laqué, serré, je me sens différente de tous ces gens qui rentrent chez eux, ou qui sortent faire la fête. Je ne saurais jamais ce qu'ils avaient l'intention de vivre. Je me sen-voler. Le coton nettoie le fond de teint. J'ai des photos plein la tête. Je mets mon réveil. Tôt. Je m'endors devant une série. Et je ne me rappelle plus de mes rêves en ouvrant les yeux samedi matin. Je me rappelle seulement de la Danse. La scène, c'est comme le temps, c'est un placebo.

                                                                                          [Sous les tempes, Jack Jonhson]

Aujourd'hui, Marich a 20 ans... et je les sens qui m'épient...

Ecrit par lilou, le Lundi 16 Avril 2007, 12:17 dans la rubrique Au jour le jour.

Commentaires :

ninoutita
ninoutita
16-04-07 à 20:29

Tout d'abord, félicitations !
Et puis après, j'aimerai te voir danser. Vraiment.
 

 
passionnee-par-les-reves
passionnee-par-les-reves
16-04-07 à 20:34

Re:

Merci! Je suis allée chercher le papier rose cet après-midi... Et je me trouve déjà moche sur la photo, alors dans 20 ans...

C'est gentil pour ce quie st de me voir Danser, mais j'aurai peur de te décevoir...


 
ecilora
ecilora
17-04-07 à 00:01

Re: Re:

Toutes ces phrases qui s'enchaînent à en donner la nausée. La respiration haletante qui acompagne tes pas de danse. La fac qui sans eux ne serait pas... Parce que dans une partie de ta vie je me retrouve.
Pinoccho voulait devenir un vrai petit garçon. Des fois, je voudrais bien n'être qu'une marionnette...

Pour la photo, tu peux perdre le papier. Mais tu es comme moi, tellement galéré à l'avoir que hors de question de le perdre. Et ce chiffre qui t'avale et qui t'aspire... Je me suis déjà fait engloutir par la vague mais çà ne fait jamais rien d'avoir un an de plus moins.

Moi aussi, j'aimerais bien te voir... :)