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Dimanche (31/01/10)
Sous influences

Mercredi 27/01/10

Et ça ne m’étonne tellement pas de toi.
Tu sais j'ai rarement voulu voler. J'veux dire regarder la terre de tout en haut. J'veux écrire des livres. J'imagine même si ça ne rend pas forcément ce que je voudrais. J'veux imaginer oui, imaginer des histoires à dormir debout. Et tu sais j'pense à moi là, avec ma tasse de café corsé avec laquelle je m'hydrate depuis des semaines, et j'me vois pleine de conviction. Parfois j'ai envie de tout arracher. Passer devant tout le monde, prouver que j'peux avoir ces quinze masters comme ils disent en riant. J'ai envie de décrocher ce stage dans la rédaction populaire de ce prof exigent qui m'a appris à écrire autrement. J'maitrise pas bien l'accroche encore c'est sûr, mais j'me suis donnée dans son cours, j't'assure, j'ai voulu être la meilleure, j'ai voulu leur prouver que même si ce n’était pas ce que je désirais le plus le journalisme, et bien j'avais le talent pour. Me  le prouver qu'enfin, ça n'servait pas à rien tout ça. Et y'a que ce cours qui m'empêche de me tirer. Parce que tu sais, quand tu te tapes du Droit des médias à 9h du mat' le lundi, quand t'arrives une demi-heure en retard parce que t'as retournée toute ta garde de robe et vérifiée trois fois ton maquillage pour Alix, t'as juste envie de te barrer en courant pour aller Danser parfois. Quand Alix était chez moi dimanche et qu'il m'a sorti "J'ai eu mon quart d'heure de gloire d'ailleurs avec mon portrait", ben je l'ai compris. Et je lui ai dit que j'aurais sûrement la meilleure note dans mon groupe, et que j'avais cartonné l'article sur Copenhague à écrire en 1h30. J'avais rusée encore, j'avais fait du zèle pour ne pas traiter la question sous un angle qui me dépassait total. Et il avait aimé, ce prof. Y'en a toujours un, tous les ans, qui me fait quelque chose de plus que les autres. Y'en a toujours un, tous les ans, qui me pousse à me dépasser. Et c'était lui.

J'veux écrire des livres. J'me disais ça ce soir comme un plan B. Parce qu'au vue du temps de révisions insuffisant, j'vais me pointer aux partiels, regards indolents sur les sujets, Mettez vous à rire ou à pleurer. Au choix. Et ça sera normal parce que j'ai pas la carrure pour repousser les dates de convocation. J'ai pas une tête bien vide à remplir non plus. Elle commence à déborder alors tu vois, si en plus je dois assimiler ces centaines de pages d'ici vendredi, autant te dire que voler c'est plus facile. Comme un plan B, alors que le B est mille fois de trop. C'est une évidence d'envie. Oui j'ai dit qu'Alix était passé, et même qu'en deux jours j'ai eu ce que je voulais depuis près de quatre mois : numéro, café, réponse à "-T'as une nana? - Pas en ce moment non, on est parti fâché". Oui j'tombe amoureuse, et dans le panneau par la même occasion. Alors que c'est Gabriel qui me laissait des marques de nuit dans le cou. Bien sûr il n'a rien compris au film, et il ne comprenait pas non plus pourquoi je restais pour le générique tout entier, mais la nuit j'étais bien, et folle même à un moment. Il prenait le temps de tout, de cajoler, de caresser ma joue, mes cheveux, mon corps. Il savait qu'il ne fallait pas aller vite. Et j'ai dépassé les limites que je m'étais fixée juste avant. Mais tout coulait d'une source saine. J'aurais pu continuer sans doute, cette nuit de fin de week-end, mais les heures ont été comblées malgré tout dans des instants de retenus qui se briseront si elle fonctionne cette histoire inattendue. Peut-être que c'est lui, que c'est Gabriel qui me fera arrêter de mentir. Pour de bon.

Ecrit par lilou, à 01:29 dans la rubrique Au jour le jour.
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Dimanche (24/01/10)
A ce qu'on ne pourra jamais plus toucher

J'étais cette fille, regardant par la fenêtre ouverte sur le canal de l'Ourq qui s'endormait ou se réveillait c'est selon, j'émiettais une cigarette rouge par dessus le vent qui soufflait dans la cuisine.
Les schémas se répètent comme des volutes sans fin. Comme des airs d'Afrique qui sont inévitables le soir ; au coucher, les enfants pleurent de sommeil, pleuvent de larmes froides, et pourtant ils ne veulent pas rejoindre le lit, redoutant de ne pas grandir assez vite. J'ai rejoins le lit bien trop facilement hier. Oh juste quelques minutes, histoire de sentir le sexe de B. dans mes mains, son buste large sur mon ventre et l'emprise qu'il aurait pu avoir si nous avions fait l’amour.
Avant que ça n’arrive, Matthieu m’avait tendu une main, amicale et qui savait. Qui savait ce que j'allais faire, encore, qui savait que le lendemain, je serais démontée par ce rapport à la chair qui ne me convient pas. Pas encore ? Il me disait Viens, on rentre Lucie, je paie le taxi si tu n'veux pas marcher. Je te laisse un quart d'heure. Préserve-toi. Viens. Depuis cette fin de novembre, je fixe B. pendant ces cours d’histoire de la Danse que je dois rattraper. A cause de la ressemblance physique avec Justin, et cet air suffisant qu’il dégage aussi. J'avais envie de souffler, je sentais que tout se bousculait dans ma tête. B. qui me ressemble parait-il, et ça se serait presque confirmé, le Danseur du Conservatoire dans l'entre-deux, tellement enfant, tellement tête en l'air, le baiser d'Amandine, et dans le ventre tout se mélangeait comme une vague vaseuse et claire. Bien sûr, je suis restée. L'autodestruction subsiste comme une close officielle entre elle et moi. Je suis restée, seule autour de ces danseurs, je ne me sentais plus à ma place. B. était redevenu distant, seulement quelques minutes de plénitude dans le lit déplié pour l'occasion, distant
la nuit comme un aimant à qui on aurait coupé le fer. 2010 ne rompt pas avec ma théorie de la bise le matin.
Et au réveil, Gabriel m’avait laissé deux messages, me souhaitant une bonne nuit, me racontant sa soirée et m’écrivant 'Gros Bisous'. Et j’ai eu beaucoup de tendresse, pour tout ça, en un instant. Je venais de me réveiller à côté d’un corps insolant et réalisait – concrètement – que ça ne me convenait plus. Cette vie qui court sans cesse après des lendemains toujours plus heureux s’éparpillent dans le temps. Le jour. Et j’ai besoin de cette personne qui vit au rythme de la vraie vie. Avec moins de vitesse dans le corps. Alors il y a Gabriel que je connais trois fois rien. Et on se dit que maintenant, il ne faut plus avoir la prétention d'espérer de toute façon.
Je ne peux pas effacer ces schémas incessants qui se réalisent au rythme de mes respirations qui elles, ne savent pas forcément qui sont ces garçons comme ça. Ils parlent de profiter, de vivre l'instant. Et je n'y crois pas à tout ça. A cette imminence de l'instant. Le bonheur sur le long terme, c'est différent. Alors arrêter ces schémas, faire des losanges plutôt que des rectangles. Mais ne plus reproduire ces mêmes schémas percutants et balancer le mégot de cigarette par la fenêtre du premier étage.

Ecrit par lilou, à 01:31 dans la rubrique Au jour le jour.
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Vendredi (15/01/10)
Veilleuse de chagrin

Dans le lit vide, les peurs hantent les taies d'oreiller. Comme les monstres du dimanche soir. Au pied des draps, il n'y a plus de fringues laissées là. Les fringues d'un autre. Qui aurait laissé de la douceur jetée là comme un semblant de vie. Je voulais t'écrire, juste t'envoyer un message et te dire que tu me manques déjà. Que j'ai essayé de faire semblant de ne plus te parler, je t'ai même écrit Bonne route! Mais ce soir, et depuis ce matin en fait, j'ai horriblement envie de pleurer. Oui horriblement parce que ça me prend dans le ventre comme une petite fille. Je suis veilleuse de chagrin ce soir, je n'arrive plus à aligner les mots qu'il faut. Ceux que j'enchaine pourtant à la suite des combinaisons de chiffres qui forment mes numéros d'étudiants. Ouai mes numéros. Ce matin, j'ai détourné le regard pour ne pas voir leurs yeux ronds quand j'ai expliqué mes cursus. Ben j'en suis pas très fière en fait. J'fais ça parce que c'est lié. Sous la douche de l'après-midi je pensais à l'idée de wagons tous attachés à la même locomotive. Allant vers le même chemin. La locomotive c'est la Danse. Le chemin c'est. Ailleurs. Je rêve d'impatience. Je voudrais saisir les instants de vie autour de moi mais ce sont les autres qui les accaparent parce que c'est leur tour. Moi je n'ai pas le droit. En ce moment. Et ce soir, c'est comme un soir de trop. Il est plus de 23H, je suis sensée avoir rendu le travail dans l'après-midi, j'ai menti pour arracher quelques heures de plus. Et je n'ai mis que le titre. Je mens depuis des semaines, prenant pour complice mon imprimante sans encre, mon scanner en panne, mes absences justifiées par de faux certificats. Je jongle entre les deux Facs en inventant des rendez-vous. Je sais que ça n'intéresse personne. Que je répète la même chose aux gens depuis des semaines, que je suis fatiguée et que 3H30 de sommeil par nuit depuis des jours et des jours et des semaines, ce n'est pas beaucoup. On est loin du compte. Je sais que tout le monde s'en fout au fond, même si quelques uns font semblant. Mais je voulais appeler Hugues et lui dire Sors moi de là, dis-moi que je ne fais pas tout ça pour rien. En fait, ce n'est pas auprès de lui que je cherche ces réponses-là. C'est bien sûr Manon qui me les donnent celles-ci. A  lui je lui demanderai de me parler du futur, de Martin, même si, entre nous, j'ai du mal à y croire encore aujourd'hui.
Les larmes se débloquent. Elles étaient verrouillées à l'intérieur, comme un double tour sur le monde. Mais j'ai tellement envie que quelqu'un me prenne dans ses bras et me serrent fort fort fort. Ce n'est pas arrivé depuis août je crois. Cette sincérité de l'enlacement. A défaut d'Hugues, je me dis que l'Antov de cet été aurait réussi à me sortir de là en une nuit. De tendresse. Mais je ne peux plus lui demander ça, ni quelques mots, ni quelques peurs. Il n'y a personne. Toutes les deux heures je regarde la date. C'est le genre de chose dont je ne me souviens pas. J'ai froid dans ce 3e étage. J'ai cherché une issue de secours mais ce soir je n'en ai plus la force. Physique. Et la tête, elle est tellement sollicitée. Ma réflexion est en fond de cale. Le 1er, Amel avait laissé un gros pot de Nutella presque rempli et les petites cuillères s'enfoncent de plus en plus bas. Le 1er, je m'étais réveillée à côté d'Hugues pour la toute première fois, il prenait les trois quart de la place à gauche dans mon lit et j'avais tourné mon front sur son torse nu. Depuis des jours mes doigts sentent le café -  j'ai enfin trouvé une bonne formule - et j'y suis arrivée, enfin, me demandant pourquoi je m'inpose tout ça. Je n'ai aucune réponse cette fois. Je manque de contre-arguments. Cette police et cette taille de caractère que j'adopte à la chaine m'insupportent.  Je fais bonne mine auprès du prof qui me donne envie d'être la meilleure, d'écrire les meilleurs articles, de réaliser la meilleure interview. Et je ne pouvais pas tomber mieux en approchant de si près Marilou. Ailleurs j'obtenais un 16 pour la danse soporifique analysée €en une dizaine de pages. J'avais trouvé ça gratifiant. Je ne sais pas ce que je cherche, après quoi je cours. Plus après moi c'est sûr je ne me trouverai pas dans ces autoroutes à sens unique sans limitation. Au plus tu vas vite, au plus t'echaines les routes, au plus tu t'accidentes, au mieux tu dégringoles la bande d'arrêt d'urgence. Et c'est ce qui m'arrive, là, ce soir. Je suis en urgence. En arrêt net.

Comment fait-on pour s'approprier la vie une fois qu'on l'a perdu? Comment fait-on pour retrouver le peu d'instances qui maintenaient encore sur ses deux pieds. Regarde sous mes yeux tout ce qu'il y a dedans. C'est pas joli à voir, tu m'diras.

Ecrit par lilou, à 00:02 dans la rubrique Au jour le jour.
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Mercredi (13/01/10)
Manque à gagner

Sans arrêt je pensais à mes cheveux et mes yeux ce soir. Si les premiers étaient encore brillants, et si les deuxièmes n'avaient toujours pas coulés. Je suis arrivée quelques portes plus loin à mon étage en déclarant que les garçons étaient méchants en ce moment. 'Méchant' ça fait petite fille, je m’en rend compte. Mais quoi d'autre ? Tout est trop décevant pour le décrire correctement. Il y a ce garçon qui est arrivé un peu plus tard, après ses cours de tennis. J'ai aimé sa chemise rouge à carreaux, ses cheveux en pagaille et son sourire putain son sourire, ses dents bien alignées et son corps sec. Ni trop grand ni trop petit. Son colloc avait prévenu 'Juste bien'. Oui juste bien. Il a tous mes clichés. Et il est journaliste aussi. En partant il 'ma dit 'à bientôt' mais je sais que ça ne veut plus rien dire. J'ai déjà dû le croiser dans l'ascenseur et me dire qu'un type comme ça, c'est inaccessible pour une fille comme moi. A cause de ces stéréotypes sociétaux. Je m'accrochais quand même. De temps en temps il parlait électro avec la fille du 2e. Et je me rends compte que j’ai une peur bleue de la concurrence féminine. De plus en plus, elle me noie dans l’indolence.

Je sens que j'ai du plomb dans l'aile. Et ça pèse, ça me pèse. Devant Alix toujours. Parfois j'ai envie de tout foutre en l'air et lui demander son numéro, s'il a une copine et l'inviter à boire un verre. En un temps court et sec. Arrêter de penser à le travailler au corps. Je me demande si finalement je n’ai pas bouffé le temps dont j'avais tellement besoin avec lui. Le premier semestre se termine sur fond de copies à imprimer et cours à ficher – en principe. Et je n’ai même pas eu le courage de lui demander un des trois. Le cours se finissent vendredi, et je n’ai fais qu’installer quelques rumeurs à propos de nous. C’était involontaire et imprévu. Si les autres l’ont vu, il doit s’en douter. S’éloigner, revenir, séduire. Je ne sais plus comment faire. Ca ne me semble plus dingue mais une idylle qui restera indicible et sans attente de rêves aux couleurs immobiles.

J'ai revu Ju. en fin d'après-midi. Après ces tonnes de rendez-vous manqués. On a une vie de dingue cette année, c'est vrai. Il fallait résumer ses vies le plus vite possible. J’ai retrouvé mes vies parallèles d'il y a trois ans, quand je commençais les Lettres. Et cette Fac. On en parlait en se disant que ça nous manque, ces intimités, ces profs brillants, cette sensation d'y appartenir quand on passe la cours. On a toujours l'idée d'y revenir. Et pourtant je sais que la Littérature est bornée pour moi. Je suis allée au bout de ce qu'aujourd'hui me permettait. La fille du 2e disait que nos activités l'impressionnaient. En fait, je veux bien la croire. C'est vrai, tu verrais la tonne de choses qui m'habitent. Je suis partout et ailleurs à la fois et je trouve même le temps de  trouver les garçons méchants. Et puis je n'ai plus envie de la justifier leur méchanceté. Mais il y a trois ans, je les aimais. Ces multiples vies aux couleurs savoureuses. Aujourd'hui elles m'enchainent. Tout devient compliqué parce que ce n'est plus possible de faire à moitié ou en pointillé ou en dent de scie, l'investissement est primordial maintenant.

Je ne fais même plus de tentatives de bien écrire. J'ai passé le cap d'y penser, d'y plancher. Tu vois là j’aurais voulu tout retravailler, dire que je n’ai pas vu Ju. en fin d’après-midi mais que le café, à cette heure, étaient remplis d’une moitié de parisiens en train de dîner, une autre moitié en train de prendre l’apéro. Me dire que lorsque le garçon à la chemise à carreaux rouges, Gaëtan, était debout devant la chaise, que les premiers mots que j’ai dû lui lancer étaient « Ben reste pas planter là, assis-toi ! » et qu’il a trouvé ça inattendu, peut-être brutal, mais putain son sourire toujours là, même pas figé. Ecrire que je ne savais pas comment redescendre ma robe sur les cuisses au moment où il s’est assis. Et que son sourire.

 

Ecrit par lilou, à 02:08 dans la rubrique Au jour le jour.
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Jeudi (07/01/10)
Note de bas de page

Hugues, t'as foiré. J'voulais que ce soit Beau tous les deux. Et si tu savais comme j'ai toujours la même envie assassine dans le ventre. Mais on est en train de basculer vivement dans le Dommage. Et j'veux pas, j't'assure, j'veux pas. J'peux pas tout laisser tomber d'un coup comme ça. On a compté hier avec Amel. Ca fait huit ans. Huit ans que ce chaos dur. Et aujourd'hui, oui, peut-être que je réalise que nos deux mondes nous séparent. Même si j'y crois putain, j'y crois à notre pavillon calme en banlieue proche de Paris, ou à notre appartement à Montmartre, il faudra qu"il soit convaincant notre 170m². Pour qu'il te plaise. Mais je prends conscience depuis quelques instants d'heures infinies, regarde-toi mec, et vois ce que tu deviens. Tu parles de soirées C-C pour te la péter comme un môme de 15 ans qui crapote sa première clope devant les grilles du collège. Et j’espère juste que tu fais ça pour impressionner la galerie, pour donner l’impression aux autres que tu grandis. Que ton cocktail Champagne-Cocaïne, tu l’as testé qu’une ou deux fois pour essayer, pour te donner l’impression d’être jeune. Tu sais ce qui m’impressionnait chez toi, c’était ta grandeur à ne pas te donner. Cette capacité de repousser. C'est quand rien n'est négociable contre ton corps ou tes lèvres ou même rien que ta vie. Et quand t’es fier de toi parce que tu baises deux nanas dans la même soirée à 3h d’intervalle. Et quand plus la première, elle t’idolâtre depuis des mois. Des mois aussi que je me démerde de stratagèmes en tactiques inconsidérées pour tu lui résistes, à son corps, mais surtout surtout, à son amour [futur]. A la simplicité qu’elle te propose et t’amène sur un plateau. J’ai réussi jusqu’à maintenant. Mais ça y est, c’est fini, j’peux plus m’imposer. Elle t’a attrapé, tu trouves ça simple et facile avec elle. Amel m'a dit qu'à cause de ça, c'était mal barré pour moi nous. Elle te plait vraiment pas vrai ? Tu m’dis que t’as envie de la protéger quand t’es avec elle. Basique. Tandis que moi, les garçons, ils sont arrêtés par mon mode de vie à cent à l’heure, par ma passion dans la peau jusqu’au cou, ils sont effrayés par mon manque de confiance. Maladif. Elle a un visage fin, elle est brune et malgré cela, même moi je la trouve jolie. C'est pour te dire. Elle est fille. Je ne vais pas chercher à comprendre ce que je perçois dans le court horizon pour l’instant. Parce que ce n’est pas le moment, je n’en ai pas le temps. Je n’éclaterai pas en sanglot tout de suite. J’voudrais que toutes ces conneries de dossiers et de partiels soient ailleurs pour utiliser ma tête pleine d’humeur, pour être productive et poursuivre cette pièce. J’ai tous les arguments là, tu m’as tout balancer. Fallait si attendre tu m’diras. J’réfléchis à me barrer un peu de ta vie. Mais ce n’est sans doute pas le moment. Elle aurait tout gagné. Le pire dans tout ça c’est qu’elle n'sait même pas qu’elle s'est embarquée dans une partie vitale. J’crois que même si j’me teignais  en brune, si je changeais de corps, si j’te proposais de l’ordinaire, une histoire bien ordinaire ouai, j’crois que malgré tout ça, ça fonctionnerait pas. Parce que je suis moi. Et que toi, t’as déjà une image, une version A, une vision construite. Te surprendre Hugues, j’t’assure que je vais te surprendre et t’en balancer. Comme elle, elle, cette petite idiote ne sera jamais capable de le faire.
T’es simple Hugues, t’es lisible au possible. J’te rencontrerai aujourd’hui, bien sûr que ton corps, et tes fringues, et tes lèvres fines me plairaient, mais ta vie, elle me ferait gerber. Voilà ce que je réalise peu à peu. T'es pas un mec pour moi j'entends. Et pourtant, malgré cela, je sais que notre Martin et l’Elisa d’Amel pourraient devenir les meilleurs amis du monde. A coup sûr. Allez, chope les dés. Allez lance les en l’air pour voir. Dans un an et demi, ils retomberont. C’est la logique de notre histoire. C’est la créativité de nos deux vies soumises l’une à l’autre. Et ce couple de logique décadante et de créativité controversée est intransigeant. On n'a pas le choix tu comprends pas?

Ecrit par lilou, à 23:31 dans la rubrique Au jour le jour.
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Vendredi (01/01/10)
Un soupir au menthol

Jeudi 31 décembre 2009.

Que sera 2010?
Que sera-t-il lorsque ce soir, cette nuit, nous aurons consommé tout l'alcool déposé sur les tables puis dans les gorges?
Que sera mon présent quand j'aurais appris à le vivre vraiment?
Que seront les risques et les débauches, les ententes et les désaccords?
Que sera la Vie entre et dans les lignes les plus infimes ?
Que se passe-t-il quand Julien choisi Sophie, que Sophie s'ouvre à Julien et qu'ils sont cap de s'aimer? Que deviennent les autres quand leur monde s'enfuit dans un trou de ciment?
Et l'Amour dans tout ça? Qu'apporte-t-il de plus aux petites âmes sensibles comme moi qui s'enfoncent dans les méandres, dans les tragédies du n'importe quoi?
Que se passe-t-il quand je sais d'avance qu'Hugues ne m'embrassera pas ce soir. Se poser, calmement, et réfléchir à un plan. Parce qu'il sera là, son meilleur ami, et Justin aussi. Et d'autres inconnus. Montrer que je me sens bien, que je me trouve un minimum jolie, et bien dans la peau qui me contient. Sourire. Calmement, surtout Lucie, calmement. Ne pas faire la Parisienne déjantée, ne pas avaler d'une seule gorgée, ne pas trop mélanger les liquides, les langues, les envies. Restée concentrée. Fidèle à l'objectif. L'objectif est triple. L'enjeu, les enjeux sont de taille. De taille humaine, de taille masculine, de taille différente, tantôt blonde, tantôt musclée. Les enjeux sont la suite, l'amour, et les tragédies bien sûr. L'objectif, réellement, il n'est qu'un quand on pense que c'est Lui.
En 2010, tous les corps se valeront-ils ?

Ma vie a longtemps ressemblé à un été qui se termine. C'est étrange, mais c'est ainsi : il arrive que par des journées finissantes, ces journées sombres, vissées sous un ciel désespérément immobile, la certitude que les jours approchent où la grisaille retrouvera son empire d'automne monte en moi jusqu'à l'effroi. Ne sentez-vous pas qu'il fait déjà un peu plus frais?
Je n'avais pourtant pas encore rendu les armes, je cherchais toujours ce visage emprunté aux tendres rêves de l'adolescence, un visage à aimer. Et, le front collé à la vitre comme le font les veilleurs de chagrin, je tentais de me le représenter.
- Avez-vous peur de la mort.
- Oui, évidemment.

 [Florian Zeller, Les amants du n'importe quoi.]

Ecrit par lilou, à 23:09 dans la rubrique Au jour le jour.
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Mercredi (30/12/09)
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit

Je suis restée des secondes entières assises sur mon lit, portable à la main. Je suis restée des secondes entières à me demander coment on faisait. Comment j'allais faire pour rappeler Clément. En passant devant le miroir de la salle de bain, j'ai entendu l'échéance que je m'étais fixée. Avant les vacances de Noël. C'est la seule chose qui fonctionne quand j'ai peur, les échéances.

C'était le 30 avril la dernière fois. Qu’on s’est vu. Le lendemain de mes 22 ans. J'avais passé du temps devant le miroir après le cours d'anglais pour tout revérifier. Les yeux, la bouche, le teint, les cheveux, les bijoux, le foulard bleu noué au cou. La petite pince, les boucles d'oreille, les bottes beiges. Les lèvres. Pour qu'il en est envie. Il m'attendait sur les marches de l'Opéra, comme souvent avant. On était passé devant le café des Anges où tout s'était terminé pour une histoire, une excuse inventée. On avait marché jusqu'à Nation je crois. Non, Nation c'était en septembre, il y a plus d'un an. C'était aussi l'été avec la jupe noire de Marich, les petites spartiates, les Lucky Strike de Clément, les photos de lui que je prenais encore. La sueur dans le dos à cause de la chaleur, sur les cuisses qui se frottaient. Il y avait eu l'envie de l'embrasser si fort cet après-midi là. Et la voix d’Hugues complètement paumée que je n’avais eu envie d’aider. Et je me rappelle que le soir, le flirt polonais ne signifiait rien que du préfabriqué. En septembre, à Nation, je me rappelle avoir eu froid parce qu'il voulait fumer en terrasse, malgré le pull violet d’Alizée. Elle était à Paris à ce moment-là et il y avait eu notre colloc'. Je me rappelle que je n'avais pas eu latin juste avant. Et que j'avais pleuré dans les draps durant la nuit. Il avait eu une relation sporadique qu'il disait, avec une fille, l'été, rencontrée sur la plage. Il l'avait ramené dans sa chambre. Et j'avais eu le sentiment qu'elle avait désossé le reste de pureté qu'on se fabriquait encore à nous deux.
Le 30 avril, à Voltaire, nous avions fumé plusieurs cigarettes après être passés acheter des Marlboro rouge dans le tabac de la rue Daval. Je me souviens qu'avant de payer, il avait fait une réflexion sur ma tenue, chemise blanche et large dans le pantalon, et surtout à propos du foulard. Je me rappelle qu'on essayait encore de craquer des allumettes d'ne seule main à la terrasse, comme avant, quand les nuits du 11e arrondissement nous appartenaient encore. J'avais eu envie qu'il vienne le soir à mon anniversaire et il n'était pas venu bien sûr. Je ne me souviens plus de la raison, sans doute ces amis - qui me manquaient. Il m'avait semblé sale, avec ces cheveux pas coupés, les trous dans son pull et ces doigts froids qui restent à l'air pour le tabac. Je l'avais trouvé impure. Il ne me plaisait plus – du moins je crevais d’envie de le faire croire et c’était déjà ça de perdu. Il m'avait parlé de Sade et de son excitation pendant les lectures avec une pudeur enfantine que je retrouvais et qui me rappelait ce qui m'avait plus, entre autres choses, quand je l'avais découvert dans les nuits de concerts des Naz. Je me rappelle avoir agi comme une conne le soir, quand tout le monde était réuni dans mes 22m² pour mes 22 ans. Je me rappelle avoir subi l'alcool très tôt dans la soirée, être tombée sur les genoux de Ju., m'être enfermée dans la salle de bain avec Stan qui démaquillait les traces noires des pleurs assises contre le mur. Je me rappelle que C. avait enlevé son T-shirt, Ju. aussi, qu'elle avait retiré mon haut et m'avait embrassé. Je me rappelle, avant de m'endormir à quatre dans ce canapé déplié, avoir embrassé Ju. des dizaines de fois et m'être penché sur Stan avant de l'embrasser lui aussi. Devant les autres. Je me rappelle qu'au réveil, la situation ne m'avait pas fait rire. Que je l'avais trouvé malsaine et inconsistante. Qu'il n'y avait  rien de constructif là-dedans. Pas même un plaisir suspendu, celui d'avoir enlacé des bouches aux tonalités tantôt majeure, tantôt mineure. Je me rappelle comme j'avais eu envie d'écrire tout cela.
Je vais mieux c'est indéniable. Je ne me farde plus pour me cacher de cette absence de lui. Je ne camouffle plus cette colère que j'ignorais. Existe-t-elle encore? Sans doute, mais c'est à travers eux. Ces garçons qui ne détiennent pas la vérité et qui pourtant imposent leurs ressorts.

Hier soir, quand Julien me parlait de pureté, qu'il disait toi, t'es pure, je me suis sentie rassurée. Parce que mon esprit tend à partir dans des débauches d'énergie que mon corps ne suit pas, dont mon corps a peur et qui ne lui conviennent pas. C'est cette histoire de plan à trois, c’est Justin qui me donne envie de lui en massant mon dos avec ses mains sûres, en me déshabillant dans le lit blanc, en étant fort et détaché, c'est ma théorie de l'échec quand je passe la nuit avec le meilleur ami d'Hugues plutôt qu'avec lui, quand je le stoppe bien sûr, parce qu'Hugues résonne bien trop fort pour qu'il me foute la paix, c’est le film de cet été au cinéma avec Antov qui m'avait donné envie de lui toute la séance, qui m'avait catharsisé par tout ce sexe envolé et cette autodestruction évidente que je n'avais dès lors pas vu. C'est surtout ce spectacle, cette Marilou de qui je suis tombée amoureuse et qui m'obsède aujourd'hui, bien plus que ce que j'ai pu en dire à Alix. Alix. Il me ramène à ce que je suis je le sens. Comme Antoine m'avait dévoilé, Alix m'y ramène sans qu'il s'en aperçoive. Il est là sans l'être. Il est beau et grand et ce n'est tellement pas ce qui m'a plu. J'avais trouvé ça énorme, cette appartenance future. Comme celle avec Antoine. Aujourd'hui j'ai retrouvé cet être binaire, tantôt angélique, tantôt diabolique. Alix aura la tendresse et la blancheur dans ses sourires et dans la vie. Dans la noirceur du lit, il saura saisir chaque parcelle de ma peau découverte. Chaque montré du doigt aura son importance. Tout transparaîtra comme un lendemain de disconvenu.

Je suis restée des secondes entières assise sur mon lit, portable à la main. Je suis restée des secondes entières à me demander comment on faisait. Comment j'allais faire pour rappeler Clément. C'est la seule chose qui fonctionne quand j'ai peur, les échéances. J'ai fini par appeler, par entendre sa voix préfabriquée du répondeur. Par tombée à la renverse sur le lit. Le souvenir de cette voix était tranchant d'une sensation qui me semblait familière, connue et presque habituelle. Par entendre sa voix plus mûre. Par entendre cette espèce d'emballement modéré qu'il fait si bien croire et transparaître.
C’était un pas. Peut-être un pas qui avançait, peut-être un pas qui reculait. Mais j’avais fini par bouleverser cette position stationnaire. Avec Clément.

Ecrit par lilou, à 02:11 dans la rubrique Au jour le jour.
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Samedi (26/12/09)
Amoureux les uns des autres


                                                                                                                                       * [Répétition - scène, Cie, 19 décembre 2009]

Nuit du 24-25 décembre 09

Il pleut sur Noël et le temps ne me semble pas suspendu comme dans mes souvenirs d'enfant sage. De petite peste! dit la cousine en souriant. Sous mon carré blond et mes yeux clairs, il n'y a que mamie qui me donnait le bon Dieu sans confession parait-il. Je me suis réveillée ce matin en pensant à la conversation de la veille, avec ce garçon de mon CM2. Ce garçon blond aux yeux bleus. On formait un joli trio avec Thomas. Et il y avait M. aussi. On était tous amoureux les uns des autres. A table ce soir, le petit cousin racontait ses histoires de récréations et de comptine le doigt levé. Et je me disais qu'on avait le même âge, exactement. Et quand je l'entends du haut de mes environs vingt ans, je le vois petit et tellement enfant. Alors qu'en CM2, on était les grands de la cours de récré et je me sentais grande, plus mûre déja. Dans un autre monde aussi. J'avais tout pour moi. Des 20/20, des mercredis après midi à faire mes devoirs à la Danse, un amoureux, Thomas, qui m'écrivait des lettres d'amour - stylos bille de toutes les couleurs - pendant les vacances scolaires que je glissais sous mon oreiller, un ami blond aux yeux bleus avec qui m'asseoir sur la marche du bord de la porte. Aujourd'hui, cette image de lui à ma droite, Thomas à ma gauche est toujours là, ancrée dans ma mémoire comme une partie de bille gagnée haut la main ou un loup glacé dans la neige. Et nos sourires et la [petite] fille intrépide et espiègle que j'étais. Ils résonnent parfois dans ma vingtaine, comme un imprévu doux et mélodieux. Evanescent, lointain et perdu.  Ce matin, mon corps avait envie du petit blond aux yeux bleus qui a grandi d'un coup hier soir et de son accent du Sud. Je crois qu'on a un désir brûlant d'enfant inassouvi. Et ça aurait pu aller très loin cette histoire. Pace qu'on était éveillé tous les quatre, on était parmi les plus doués, les plus équilibrés aussi je crois. On s'appartenait tous. On ne s'aimait pas non, on s'appartenait comme ça n'arrivera plus jamais avec d'autres. Ce n'était pas plus facile. Ce n'était pas si pur que ça. On était déjà ailleurs. Ailleurs que dans l'aube des 10 ans, simple et délicate. Je crois qu'on se poussait chacun dans cette rare complexité de l'enfance. On s'emmenait par la main, on se tirait en douceur enfantine et brusquante, et on aurait voulu s'entrainer par la bouche. Très loin oui, on aurait pu devenir des déviants dès 10 ans. J'avais, à coup sûr, un goût échevelé pour les relations complexes. Je me catharsissais sans doute déjà aux intimités multiples et j'aimais l'odeur du scandal.
Ce soir, la messe de minuit était à 18h et je suis arrivée en retard. J'avais pris un chocolat chaud juste avant avec Mat. Dans ce café où l'on commandait des diabolos à 1€70 en 3ème, entre deux parties de billard. Ils ne font plus de diabolos violette. Il y a un an, il revenait das ma vie, chahutant mes attitudes de fille insolente qui ne tombe jamais amoureuse des garçons qui lui veulent du bien et lui promessent de la tendresse. Il revenait et ça faisait quatre ans, sans doute cinq, qu'on ne s'était pas revu. Il y avait sa copine au visage de l'enfance et dans leurs bouches, cette facheuse tendance à parler pour deux à chaque fois. Je me disais que je ne l'ai enviais pas. Ca respirait le fabriquer. Le modeste. Ca m'a bousculé, le revoir et retracer nos stages de piano et cette après-midi de collège à jouer au badminton dans mon jardin. Cette après-midi de 5ème qui aurait pu être celle de mon premier baiser. Si je l'avais voulu. C'était si simple ce moment. D'une simplicité aimante et dévorante. Aujourd'hui je lie les paradoxes, je fabrique des antithèses à longueur de temps, à largeur de souffle.
Ce soir, alors que la messe avait moins l'allure de Noël qu'à l'habitude, je pensais à Alix. Il y avait beaucoup d'amour dans l'air froid des pierres, beaucoup de paix et d'appartenance. De la simplicité, de l'accessibilité. Et je croyais en Alix. J'imaginais ces baisers. Je suis en train de pister des sentiments bruts. Il faut se positionner maintenant, placer ses pions. Je le sais tout ça. Mais je suis ankylosée par cette main sur mon bras. Je pensais aussi à Hugues. Et à ce qu'il se passera ou pas si. A table ce soir, aucun vin ne m'a vraiment plus. A table ce soir, par moment je n'étais plus là. A table ce soir, j'aurais voulu qu'il soit à côté.

Ecrit par lilou, à 12:32 dans la rubrique Au jour le jour.
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Mardi (08/12/09)
Perdue dans son exil physique et cérébral

Depuis des années, on nous apprend à structurer notre pensée. A bien tout assembler. Mais non, la mienne, toujours réfractaire à l'ordre bien établi, s'évertue à être en vrac, à jongler au domino dans ma tête. Les problématiques ne m'ont jamais servi. Je les inscrits toujours une fois mon devoir terminé entre un vague paragraphe introductif qui donne l'impression d'être dans le coup et l'annonce du plan. En trois parties bien sûr. Arriver à une dialectique de l'esprit et une logique effrayante. Parce qu'elle l'est toujours un peu, effrayante. Je ne crois plus à tout ça. A ces manières d'apprendre bien trop structurées pour l'esprit humain. Je n'y crois pas autant que je ne crois plus à l'aléatoire et le manque de méthode avec lequel on nous demande de réfléchir, de pondre des pages sur un artiste post-moderne.
Je me dis qu'il faudrait essayer de tirer profit de cette Fac, de ces enseignantes et de ces enseignements. Je me dis Allez investis-toi, fais semblant au moins. Fais des sourires. Montre ton intérêt. Mais je rame. Etre à fond partout je ne sais pas. Il y a le Conservatoire où là je ne simule aucun des plaisirs que chaque cours, chaque studio immense, chaque nouvelle notion sur les lignes de mouvement, le rythme, les fermetures des pieds, la relation à un objet, à la barre, m'apportent. Ce plaisir intense et souvent solennel. Ce plaisir dont j'ai peur qu'on me coupe les vives, qu'on m'arrête en plein milieu comme ça risque d'arriver. Qu'on m'empêche de jouir de tout l'apprentissage du système d'écriture qui me nourrit depuis septembre comme une nouvelle langue, l'originelle. Qu'on me frustre en me stoppant juste avant de. Comme ce que je leur fais. Parfois encore.
Tu vois ce que je préfère dans les relations à deux, ce n'est pas l'aboutissement du sexe. C'est l'avant bien sûr, la séduction, le Je n'sais pas si je lui plais, je n'y vois rien. C'est ça que j'aime le plus. Parce qu'après il y a ce moment où il faut se donner et avant ça encore le rôle à jouer. Jouer que c'est plaisant et agréable - il ne faudrait pas faire foirer le premier moment un temps soit peu intime quand même. L'autre nuit avec Justin, je me disais que le plus important dans tout ça, c'était juste de sentir qu'il en avait envie, qu'à ce moment précis, il avait envie de bouffer ma peau. Le reste c'était en plus, du surplus. Et je voulais que ça se termine vite. Mais au fond c'était moi, oui parce que je lui avais plus, mon caractère surtout je crois et la jupe et les bottes aussi. C'était moi, mais dans quelques jours ce sera une autre. On se donne, on ne se déchire pas parce que la chair n'est pas atteinte. Juste la peau en mouvements inconséquents. Et ça ne devrait pas faire du mal de se quitter à la sortie de ce premier moment entre nous, celui où l'on a passé un cap. Les règles sont fixées. Mais je ne peux pas m'empêcher de jouer avec et de les contourner.  Mais je vais sans doute une fois de pus me rétracter - avec Justin. Je ne lui donnerai sans doute pas ce qu'il voudrait de moi. Et sans doute qu'on pensera tous les deux que c'est dommage. Hier quand même, il a peut-être eu l'impression que je voulais pactiser avec l'ennemi et rentrer dans sa morale. Dans son jeu où l'on trottine mais jamais on ne court après l'autre. De toute manière, on ne peut attraper personne, ce n'est pas écrit. Alors que mes règles sont tout l'inverse. D'abord on court, on s'essouffle un peu parfois, c'est comme ça, on s'attrape, et on se fait l'amour. Jusqu'à l'os. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien autour, pas même la peau, pas même la chair. Juste le jeu qui se termine là, dans une suspension de premier ordre. Et on relance les dés, pour une nouvelle partie à deux joueurs.
Mais en ce moment, je constate que les garçons de 22 ans préfèrent les jeux collectifs, les jeux en équipe.

Ecrit par lilou, à 23:44 dans la rubrique Au jour le jour.
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Samedi (05/12/09)
J'ai fait avec ce qu'il y avait

Mercredi 02 décembre 2009

Il fallait évidemment que je le croise dans les escaliers. Qu'il mette sa main sur mon bras pour me dire bonjour. "Salut ça va à demain bonne soirée". Voilà sept mots et je fais le parallèle avec les sept lettres qui s'étaleront peut-être un jour ou l'autre sur les draps, sur nos draps. Putain mais t'étais beau mec encore aujourd'hui, tes cheveux ont un peu repoussé je crois et tu étais sur le point de les cacher avec ton casque. Et puis t'es grand mec, t'es tout ce que j'aime. Tout ce que j'aime en ce moment, et que j'ai aimé il y a cinq ans. C'est sans doute ça qui me retient le plus. A attaquer.

A la fin du cours, je suis allée voir la prof. Elle trouvait ça génial la Fac de Danse. Et elle m'a demandé "Mais pourquoi vous êtes là alors ?". J'ai bafouillé deux ou trois trucs, histoire d'assurer ma vie, pour bouffer vous comprenez, mais en fait, au fond, concrètement, vers 17H12 aujourd'hui, je ne savais pas bien quoi répondre à la question "Mais qu'est ce que vous faites là alors?".
Elle veut que je parle de ce que je fais au Conservatoire aussi. Que je ramène mes partitions de Danse. Je me demande en quoi ça va les intéresser tous. Mais c'est génial comme elle dit.
En sortant de ces amphis, je me suis demandée si j'allais croiser Justin et s'il sortirait du gymnase où il est obligé de Danser pour son option. Je me sentais tellement fatiguée, boudeuse et moche que je me suis enfoncée dans l'énorme écharpe bleue de mon frère ( pour me cacher. Comme quand j'ai vu Alix descendre les escaliers.
Ma théorie des feux rouges s'est vue bouleversée par deux ou trois voitures en moins de dix secondes et ça m'a pris à la gorge et j'ai eu envie d'exploser en sanglot. Parce je sens que je pourrais perler en moins de deux en ce moment. Si on m'effleurait un peu trop brusquement. Il y avait la chanson des Naz très fort dans les tympans en plus. En plus. Je retourne à mes envies d'apesanteur. A mes envies au loin, qui se fondent dans l'horizon qui mettra encore un an et demi à se rapprocher au plus près du présent.

En marchant jusqu'Au Sud de nulle part, j'alternais entre les bâillements et les souffles de buée chaude dans mon écharpe pour que ça se propage partout dans le corps. Dans le bus, j'ai eu envie d'espace et d'air chaud.
J'ai eu envie de dormir. D'oublier qu'il y a un truc qui ne colle pas. 


[...] Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.
Il me sembla qu'elle nous souriait, la petite phrase. Il me sembla qu'elle nous parlait.
Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t'aime. [..]
[La grammaire est une chanson douce, Erik Orsenna] 

Ecrit par lilou, à 00:35 dans la rubrique Au jour le jour.
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