
Le Samedi 12 Avril 2008 12H56 :
Se réveiller sous le regard de quelqu’un qui vous veut du bien. Le laisser dans les draps un peu froissés parce qu’il y a la Danse. Et qu’elle ne t’attendra pas si tu passes à côté. Avoir néanmoins envie de rester tout contre cette peau, douce, à moitié endormie. Passer une fois de plus pour l’intellectuelle, la cérébrale de la classe. Parler de Sciences Po à cette prof de Danse aux cheveux oranges et lire dans ses lèvres «C’est bien ». Ne pas trop comprendre. Ma vie n’a rien d’exceptionnelle. Pour les autres, pour ce commun des mortels. La chaleur du studio endors, ramolli le corps. Mon pas est rapide dans le métro, je bouscule les gens, cette fille. Pardon. Je tiens ses avant bras, elle met quelques secondes avant de me lancer un grand sourire. Deux stations, seulement, pour se reparler de la classe d’Actorat. De quelques projets qui ne se bousculent pas tant que ça. Je reçois des mails de celui qui se produit sur les nouvelles scènes du stand up. J’en aperçois un autre dans une série populaire française. On savait qu’il réussirait lui. Et une autre que j’aperçois en ce moment assise dans les couloirs de la Fac, sans que je n’aille la voir. Les 42 minutes du cours de Littérature sur les 2 heures. Je parle de Zola, il n’aime pas le romanesque. Je n’aime pas le réel. Cette retranscription de la vie sans montagnes russes. La prof essaie de me convaincre pourtant, mais j’argumente tout le temps dans mon sens. Ainsi va la vie.
En me réveillant dans un sourire, dans son sourire ce matin, je ne pensai pas qu’il y aurait cette fin d’après-midi dans les friperies de l’hôtel de ville avec mes cousines.
Au Louvre, on pensait voir Babylone. Et puis finalement. Les Danseurs du Conservatoire une fois de plus. Nous donnent envie. Pour leur technique, pour leur chance d’être dans ce lieu atypique entouré d’œuvres d’Art, pour le corps de cette petite Danseuse blonde si parfait. En me réveillant ce matin, dans les bras de Clément, je ne pensai pas non plus chercher à choper son numéro. Et puis voir son regard animé par les mouvements de son Danseur. Je pensai qu’elle avait de la chance. La mélopée d’un geste. La veille pourtant, j’avais appris à Clément l’en-dehors, il avait eu l’impression de mon corps désarticulé. Et pourtant pas tant que ça. Même s’il y avait ça. Lui n’est pas Danseur. Et il ne sait pas. Il ne sait pas qu’il y a cet énorme fossé entre nous. Il ne sait pas que je ne frémis pas comme avec l’autre qui n’était pas Danseur non plus. Et pourtant, je ris, je lis, il veut me voir détendu. Je ne suis ni amoureuse, ni attachée encore. J’entendais le sourire de Luc derrière moi qui ne comprenait rien à la Danse contemporaine. Et avec Anne, on analysait la technique des Danseurs, leurs intentions, leur état de corps. Celui si léger, l’autre qui ne projette pas [assez], qui est en force. J’avais cette putain d’envie d’être à leur place. Un ami qui te tient le bras, la main, en vie, en sourire. Nos ventres ronronnent. Un boxer jaune fluo à remettre constamment en place. En me réveillant ce matin, je n’avais pas imaginé le champ de Mars sur le trottoir d’en face et la tour Eiffel en arrière plan à presque 23H. En bande. Avoir cette envie d’improviser sous les fontaines. Paris, nous n’étions que de petites poussières d’étoile dans ce Paradis. Et pourtant, nous étions bien là, bien ancrés sur ce sol. Nous faisions partie de cette nuit d’Avril.Une journée qui a été compliqué. L’organisation, tout ça.
Et s’endormir, seule. Mais surtout surtout serreine.
Mardi 08 Avril 2008 22h20
Il y a l’odeur de tes cigarettes dans la pièce, dans les bras, dans les draps, dans ma bouche. Des Lucky Strike. Ces répliques de théâtre qu’on se lance. Qu’on s’invente entre des caresses. Tes mains que je repousse pour « te frustrer ». Ce foulard hideux que tu portes autour du cou et que j’essaie de te voler. Il y a ces bouts de livres qu’on se lit. Tandis que tu me replonges dans le mythe de Faust, je te parle de Thibault De Montaigu. J’essaie de retrouver ces passages qui m’ont. Fait pleurer, plu, excité. Je te raconte cette rencontre. Tu me dis ton admiration pour Kafka. Parce qu’on ne sait pas où il va, que c’est sinueux, et pas chronologique. J’ai faim mais peu importe. Il n’y a rien dans le frigo de toute façon. Tu essayes de me convaincre que tu ne manques pas d’ambition. Pour l’instant tu m’apaises et ça n’est déjà pas si mal. Il y a Ray Charles qui nous borde, surtout toi qui coules presque quelques larmes. Tu n’me crois pas que je puisse pleurer sur commande. Je te le prouve (presque). Tout est franc. Trop ? Je ne t’aime pas. Peut-être pas encore ? Peu importe peu importe. Tu m’accordes une alacrité. Tu as un léger côté androgyne. Et tu as aussi cette envie de me faire plaisir. On se joue des regards tantôt impertinents, tantôt fuyants, coquins, inexpressifs, de petite fille... Le jour se couche doucement, la fenêtre entrouverte laisse le froid volute entrer. On serre nos corps habillés sur le petit canapé. Tes clopes le noircissent. C’est moi qui te les allume souvent. Et tu aimes ça. Je m’amuse avec toi, je ris pas très fort mais je ris. Quand ça n’est pas toi qui te donnes en spectacle, c’est moi qui suis « folle » comme tu me dis en riant. En quittant l’appart, j’éteins la lumière, je te bloque contre la porte. Tu trouves ça inattendu. J’ai cette air suffisant paraît-il. Tu ne trouves pas ça grave. Rien n’est grave avec toi.
* [Avril 2008, Paris Vème. Au Panthéon, le groupe d’amis chantait Bruel. On s’est incrusté avec Luc, juste pour sourire]
Dimanche 6 avril 2008
T’as essayé de m’appeler ? J’voulais juste te faire un bisou juste me déculpabiliser, de rougir en fait, de sentir ce truc dans le ventre en pensant à sa beauté fracassante.
Il y avait ses mains dans l’axe de mes yeux, ou peut-être étaient-ils simplement attirés. Ses doigts qui frottaient contre la pupille de l’œil. Comme il le fait souvent. Et je ne pouvais pas m’empêcher de penser à ces mains sur mon corps. Avoir cette impression que la peau dans le ventre se déchire en petits bouts, petit à petit, qu’elle se déchire et qu’on la jette au sol. Il semblait triste sous son teint bien mâte. Je l’ai vu à la porte du café dans de jolis vêtements. Et j’ai détourné les yeux. De peur de replonger [dedans] comme une toxico.
Je flippe, si tu savais comme je flippe. De ne plus jamais pouvoir me passer de cette image, de ce regard que j’évite malgré moi, malgré tout. J’ai un sourire de circonstance. Je suis forte, presque rieuse parfois. Je joue l’illusion. Lui montrer que je vais bien. Ou peut-être lui faire croire. Et qu’au fond tout est possible : on est à Paris, donc tout est possible. Je respire, donc j’ai peur. Il était plus beau que la dernière fois, plus séduisant, plus charmant, plus. Plus rien du tout. Que quelques mots qu’on essaie de trouver. Je sais que j’exagère, je sais, parce qu’il y avait (tout) le monde autour, la musique un peu trop forte. Et la vie devant nous aussi paraît-il aussi. On n’y croyait pas autant l'un que l'autre. A cette putain de vie qu’il faudrait commencer. Je pensai à Clément. On ne se doit pas encore réellement quelque chose. Et même si son corps me paraît plus accessible, plus pur. Dans les draps, nos mots sont francs, blancs comme la nuit. Son haleine sent l’alcool et il a une heure et demi de retard. Douche à 03H30 du mat’. Mandarines qu’on tente d’éplucher avec nos ongles courts. On avale le sirop à la bouteille, on suce les pastilles blanches et on tousse en quinconce. Cacophonie. Il me touche, il m’embrasse, mais mon corps frémit à peine. Je suis dure. Il m’arrive d’avoir l’impression que c’est le visage d’Antoine qui est penché sur moi. Cette même façon d'embrasser. Il m’arrive de balbutier mes mots, de l’appeler Julien. Et pourtant. Je déboutonne sa chemise noire. Son corps me plaît, je crois. Je m’endors pour deux heures dans ses bras, je me réveille sous son regard.
* [Anne, répète examen mars 2008]
Lundi 31 mars 2008, 20h58 :
Geste mécanique. Code d’entrée. Trois chiffres une lettre. J’appelle l’ascenseur. Un coup d’œil dans le miroir pendant les trois étages. Cheveux en pagaille, cernes sous les yeux, pantalon qui tombe sur les fesses. Tonne de message qui vibre. E. qui veut toujours qu’on se revoie. Antoine qui me parle de vieilles photos qui ont sûrement vieillies. Ne s’en rend t-il pas compte ? S’il revient tout le temps comme ça, à me parler d’avant. A me parler de caresses, de Saez qu’on écoutait en boucle, de ces bons souvenirs qu’ils gardent [en priorité comme il dit]. Il veut savoir s’il pourrait se repasser quelque chose, un jour. Et si moi je lui réponds que c’est loin d’être improbable. Et si c’était lui qui me cherchait tout le temps. Comment je peux ne pas me rappeler. Comment je peux oublier tout ça. La complicité, la plénitude. Et puis tout ce stress, cette peur de le perdre d’entre mes doigts.
Cafète de la Fac. Il y a un piano fermé. Je pense à Clément. Je raconte le concert à Luc. Portable qui chuinte. Sa voix. 40 secondes, pas une de plus pas une de moins. « J’peux passer chez toi ?». Je ris, je parle un peu trop fort. Et tout me semble léger. Pas comme avec. Alors je raconte, Anne qui me presse en mangeant. Avale, avale! Hey Jude t'inquiète on n'sera pas en retard! Le rhum dans le métro. Anne qui s'écroule au sol. Anne qui me bouscule contre celui que j'avais appelé MaProie. Elle ne se rendait compte de rien. Le concert et les bras en l'air. Anne qu'il faut sortir. L'alcool qui désinhibe, l'alcool qui me fait parler. Lui qui m'embrasse. Anne qui court sur le par brise d'une voiture. Non Jude! Lui qui rentre avec moi, chez moi et Anne que je dois coucher. La nuit.
Je donne des caresses et pourtant je le connais à peine. Et pourtant il n'y a pas de blanc. Il n'est pas là à me coller la peau. Je ne m'attache pas promis j'essaie cette fois. Du moins pas maintenant. Il est celui qui construisait des formes géométriques avec mes grains de beauté, celui qui me rappelait ce que Werber avait imaginé à propos des gouttières au-dessus des lèvres dans l'Empire des Anges, celui qui écoute Ray Charles et qui joue du piano, mais celui qui n'est pas très bon en impro, celui qui boit du sirop à la cuillère, celui qui est moins hyper-lordosé que moi, celui qui me laisse le prendre en photo dans le noir, celui qui a des intonations de petit bourge, celui qui passe du temps à me caresser l'oreille, celui qui dit "c'est pas grave", celui de qui j'attends un message comme une amoureuse, celui qui veut que je lui raconte Hannibal, ses 37 éléphants, Pô, celui qui pense que la Civilisation Latine ça doit être intéressant!, celui qui n'aime pas Saez parce que c'est trop déprimant, celui qui veut que je lui raconte comment c'est la Belgique, celui qui reviendra peut-être mardi. Celui qui voulait venir dès aujourd’hui.

Un coup d'oeil dans sa vie. Et aussitôt j'ai envie de me convaincre que ça va. Du moins à ce niveau là. Je n’ai même pas envie de lui faire croire. Alors j’essaie de penser à Clément. Il me fait rire. Même s'il n'a toujours pas compris que mon examen était en fin de semaine, même s'il croit encore sûrement que mon anniversaire est le 2 Juillet. Clément est là dans ses sourires et dans la fumée de ces Lucky Strike. Il me manquerait presque aujourd'hui. Ses mains sur mon corps. Cette façon de deviner mes sourires en coin au téléphone. Nos yeux qui cherchent dans les dicos. Les draps froissés. Me convaincre que le mal est passé, digéré. Fini. Il a ce truc de particulier et il dit que je suis folle. Je ne triche pas et c'est bon. Il est là, avec sa chemise débraillée. Il est là sans l’être vraiment. Parce qu’il est comme s’il n’y avait pas deux. Il dit qu’il est désolé. Il ne l’est sûrement pas. Il me manquerait presque. Presque envie de lui dire que ses bras me manquent, que sa nonchalance me manque, que son haleine qui pue la bière me manque. Qu'au fond, on a qu’à essayer, on verra bien ce qu'on donne tous les deux.
Je lis "Je t'aime", des mots d'Antoine. Et ça fait bizarre. Ne pas savoir ce qu'il y a derrière eux, ni même à qui ils sont vraiment adressés. Mais c’est surprenant. De lui. Je pensais qu'il n'avait jamais appris à les dire. Je pensais qu'on était de la même veine tous les deux. Qu'on ne s'abaissait pas à ce genre de jérémiades. Ou qu’on n’arrivait simplement pas à les dire ces 7 lettres. Je ne sais pas l'histoire derrière et pourtant y'a comme un pincement au coeur. Cette manie d'idéaliser les garçons qui m'ont attiré. Toujours. Les placer sur un pied d'estale. Avoir cette putain d'impression de ne jamais les mériter. Rester attacher malgré tout et être arracher.
J'aimerais être un garçon parfois pour regarder ce qu'il y a dans la tête des jeunes filles. J'aimerais être ce garçon qui élabore des plans d'approche. Qui se sent niais. Ce garçon qui se demande encore comment la séduire. Ce garçon qui boit de la Vodka avec ces copains sur des quais le samedi soir. Ce garçon qui croit tout savoir sur tout. Ce garçon qui plaît, ce garçon. Ou peut-être un autre garçon finalement. Celui qui me donnera l'envie de me barrer quelques temps à l'inconnu des premiers horizons. Ce garçon qui ne s'attache pas, ou qui essaie du moins. Ce garçon qui sait garder la distance entre lui et mon coeur. Ce garçon qui enroule son écharpe autour d'un long cou fin. Ce garçon qui porte une chemise entre ouverte sur la peau nue. Ce garçon baratinant les jeunes filles en fleurs. Ce garçon qui aime le Cinéma, le vrai. Ce garçon qui écrit sur ces genoux. Qui écrit des mos incisifs et qui plaisent aux filles. Ce garçon qui gagne à tous les coups.
Le jeu des gens me fait rire bien plus qu'il me dérange. A jouer les antipathiques, les agacés, les absents, les occupés, les indisponibles. Les gens se donnent un genre et plus rien ne m'attire là-dedans. J'ai presque envie de lui dire d'arrêter l'égoïsme pour qu'il soit plus heureux. J'ai presque envie mais je ne le fais pas. Je veux penser à moi d'abord. A mon examen et je ne veux rien regretter. Arriver, juste avec cette dose de stress infime qui te met dans l'ambiance. Comme la dose d'alcool tout juste nécessaire pour te sentir à l'aise, désinhiber et en forme. Un peu de stress, des appuis en béton, de jolis vrais sourires, un air professionnel, une tchach adaptée. Et. On me dit que techniquement ça va. Les avis sont partagés pour ma variation libre. On me dit que j'ai progressé et que mon corps s’imprègne du jazz. Les uns me disent de ne pas tenter maintenant, les autres me disent que je peux l'avoir cette fois. Je ne suis pas une fille cool. Je suis hyper stressée plutôt, et hyper-lordosée, ce qui n'arrange pas les choses. Je respire fort, je souffle à plein poumon pour me détendre.
Vodka. Vin. Fêter ce temps qui passe et je sais que toi tu te foutrais de moi. Les anniversaires m'emmerdent autant que les nouveaux ans tu sais. Oui mais s'il y a l'alcool peut être que je retrouverai Julien. Julien Sorel. Je divague, j'ai peur du temps.
[Bébé Brune, Perdus cette nuit]
Mars 2008. Première quinzaine.
Je ne veux plus de ton mépris et je te rends le mien aussi. Je ne veux plus rien ressentir. Pour la première fois je voudrais le vide. Etre attirée comme je l’ai été par son sourire. Etre sur un fil. Le fil d’un bout de vie, d’un ou deux mois enfuis. Etre sur un fil et tomber dans le vide. Etre sur un fil et se laisser tomber dans le vide. Etre sur un fil et être attirée par ce vide. Je suis injuste parce que j’ai cette putain d’impression qu’il a tout fait pour que je me casse la gueule. Il a réussi, sauf que ce qu’il n’aurait pas pu deviner, c’est que lorsque je commence à me relever, c’est plus tranchante encore, plus incisive comme tous ces mots que j’aurais préféré ne pas écrire. Ici ou pas. Je me renferme sur moi-même. J’emprisonne le cœur blessé. Oui mais voilà. Ecrire est un exutoire. Ici ou ailleurs. Peu importe je t’emporterai. Un début de nuit. Les mots glissent. Est-ce que je les pense ? A qui ? Je me pose des questions et pourtant tout le monde me martèle déjà de réponses bien complètes, cohérentes, raisonnées et en exergue je crois bien qu’ils ont raison.
On aurait dû me prévenir. Si ça n’était qu’un jeu, alors je me suis laissée perdre. J’ai presque fait exprès. Alors je ne me suis pas battue pour gagner. J’ai même laissé l’avantage à l’adversaire. Il y a des jeux que je ne considère pas, et que je refuse de défendre pleinement. Mais aujourd’hui, je n’ai même pas envie de relancer les dés. Il y a des parties comme ça. Où je ne sens pas l’élan revanchard. Probable que les règles aient été changées en cours de route, et moi je ne les accepte pas. Je ne signe pas le pacte cette fois. Je vous regarde de haut. Je ne suis plus un pion dans la partie. Forte, c’est presque insultant de le dire. Faible, je l’ai été. Légère à manipuler comme un petit pantin. Hypersensible comme l’Artiste que j’essaie de redevenir, de retrouver. D’habitude, quand je joue c’est pour gagner. On aurait dû me prévenir si ça n’avait été qu’un simple jeu. J’aurais tout défoncé. Comme quand on fait des concours d’abdos. Même si t’as mal tu continues, tu penses à la rage qui anime ton ventre, et à rien d’autre. Tu ne penses qu’à une chose : gagner. Tu ne regardes personne. Tu enchaînes les séries sans compter. En même temps, ça n’était pas un concours d’abdos, y’a des jeux plus difficiles que d’autres, et on ne peut pas non plus gagner à tous les coups.
Au final, c’est comme ça. Je souffre pour toi. Tu souffres pour elle. Et elle je m’en fous. Je reproduis les mêmes schémas qui n’avaient pas marché avant. Toi toi toi, tout ramené à toi. Mes matins lessiveux, mon envie de me poser sur des bancs de Fac et faire semblant d’écouter avec l’attention d’une bonne élève, ces soirées, ces concerts, ces bars parisiens que je refuse pour tenter de me mettre au travail. Tout ramené à toi. Et en avoir marre. Parce que ça n’était qu’un beau réveil. Un seul. Parce que ça ne fait pas le poids et que ça ne le fera jamais. Sans doute. Je ne veux plus noyer tous ces bons moments que m’offrent Paris sous une tristesse décadente. J’ai déconné. A plein tube. J’ai envie de sortir de là maintenant. Je ne fais pas encore la démarche pour retrouver une surface à peu près saine, mais j’en ai envie, c’est déjà ça. Je retiens rarement les gens. Mon erreur est peut-être là. Je ne l’ai pas retenu. J’en ai eu envie, vraiment. Est-ce que le bonheur c’était ça après tout? Ce petit truc que je n’ai pas eu ? Est-ce que mon bonheur n’est pas réellement là où je l’ai toujours cherché depuis longtemps. Le silence n’est pas indifférence. Le silence me protège de toi peut-être. Il ne me protège pas à l’extérieur. Mais au moins tout au fond du corps. Peut-être que. Je ne peux pas me permettre d’attendre que le temps fasse agir ses effets placebo. Je n’ai pas le temps alors je prends les devants. Un peu trop tard déjà. Mais. En exergue je crois bien qu’ils ont raison.
Les tubes s'imbriquent. Je m'échauffe en faisant flotter les sons de ma Terminale. Je redécouvre ses vieilles chansons, rock d'ados. Elles ont un goût de lui, d'Antoine. Lui qui ne me manque pas vraiment. Et pourtant, en voyant les affiches de Saez dans le métro, en les fixant à l'arrêt pendant plusieurs secondes, j'ai pensé à lui. A nous en fait. La semaine dernière, en cours de 19ème, j'essayais de retrouver l'équation de la tangente*. ll y avait un "y" - qu'on aurait pu changer par n'importe quelle autre lettre d'ailleurs- puis quelques parenthèses, des moins je crois, et puis beaucoup de vide, d'oubli. "Vous êtes peut-être encore trop scientifique finalement en Lettres pour l'instant". Voilà, maintenant tu te démerdes avec ta vie en bordel. Tu te démerdes et t'essaies de gérer le mieux possible. De passer entre les mailles des lectures, des partiels, des commentaires. Pas de bougie sur le gâteau de Marich. Son frère me reparle du 1er Janvier, des derniers shooters tous les deux - je crois, je revoie les photos qu'il fait défiler sur l'ordi. Impression que le vent à tourner depuis, et en même temps. Très vite, il parle d' a-ntoine aussi, l'expatrié Australien. "On a parlé de toi l'autre jour, t'as encore son numéro?". Sourire. Les garçons sont des défis. Je pense déjà à lui. Au travers de Clément. Clément qui n'est pas un habitué des appels juste pour prendre des nouvelles.
Je regardais la nuit par la fenêtre de la voiture. Hugues me tapait derrière la nuque. Arrête de me prendre pour une rêveuse. On parlait de Jack Johnson et de Tom Mac Rae sur la banquette arrière. Ce qu'il y a de bien quand on préfère le Thé Eglantier à la Despé, c'est qu'on a le petit biscuit à la vanille avec. J'aurais mieux fait de la fermer quand on a commencé à parler de la comédie populaire du moment. J'aurais dû, mais non. Mon putain d'esprit de contradiction est plus que présent. Dans toutes les phrases. J'arrive même à argumenter une idée que je n'approuve pas. Là ça n'était pas le cas. En même temps elle ne m'a pas fait hurler de rire. Et puis c'est pas de ma faute si je trouve que le niveau de la France ne vole pas très haut. Forcément, quand j'avais 10 ans, mon père enregistrait sur des casettes les films du Splendid et ceux de De Funès. J'ai grandi avec. Culture différente, à moins que ça ne soit le sens de l'humour finalement. Tu vois, une fois de plus c'est pas de ma faute mais il y a ce côté décalé qui me frôle constamment. En partant, quelques regards étrangers sur moi. Je ne sais pas trop pourquoi. Peut-être à cause de la longue chemise et du slim noir. Je suis à la mode de Paris : pour sa vitesse, pour ses envies, pour son rythme, pour son horizon. Décalée, oui. Sur la route du rétour, CD en fond sonore. Tous les trois aiment cette musique qu'ils auraient pu écouter dans la boîte belge, le film qui a fait débat. Et moi je trouvais ça ringard. Et pourtant, je me suis dit que tous les trois, ils comptent. Beaucoup. C'est indéniable.
* y = f '(a) (x - a) + f(a)

Il est question ici de faire une liste de cinq objets. La liste peut être composée de n’importe quelles choses, pourvu que ce soit une liste (par exemple : liste d’invités à mon mariage, liste de mes points forts, listes de mes amis).
Une fois cette liste faite, taguer cinq de vos amis (si possible, pas ceux déjà tagué).
Faire un copier/coller le lien qui vous a tagué, ainsi que les liens que vous taguez (pour pouvoir suivre la chaîne).
2. Saint Exupéry
3. Les Beatles et Marilyn Monroe
4. Miro
Mes pieds chauffent le sol. Ils s'imprègnent de la saleté du studio. J'essaie d'adhérer au parquet mais mes tours sont encore bancals. Répéter les variations d'examen à longueur de journée. Si ce n'est pas dans le corps c'est dans la tête. Mes hanches tirent en montant les escaliers, mes yeux s'endorment sur Schnitzler. La vitesse, toujours la vitesse. Mais réussir à l'apphréender maintenant. Pousser le corps là où on ne se doutait pas qu'il irait. Etre à bloc. Une ampoule de vitamines. Et lancer les impulses, arrêter fermement les impacts. Anticiper le mouvement, surtout anticiper juste une demie seconde pour passer le double tour. S'essoufler, renifler, s'étirer, et bam... Accent. Et puis au final se foutre complètement de la technique. Juste Danser, le plaisir d'avoir les vêtements trempés. Voilà. Ne plus se demander pourquoi la formation, [et même pourquoi la Danse.] Tout coule comme de l'eau de source claire et transparente. Tout est lisible. Cette envie de dire avec le corps. Cette rage d'être sur les comptes qui filent de la stéréo. Cette Passion qui anime comme une envie de mourire de rire. C'est cette mort le plus important, petite. Ne plus penser à Zola, ni à Flaubert qui m'a tant déçu. Et Clément qui me récupère fatiguée, vidée d'énergie. Et pourtant on s'endort chaque fois tard dans la nuit. Mais je tente de maintenir le sourire sur les lèvres. Parce qu'il me fait rire et appaise ma vie. Ma vie d'étudiante, poignet endormi qui lutte en vain. Les yeux rivés sur des feuilles à carreaux remplies de noir. Il est là comme de jolies parenthèses dans les jours d'ininterruption ou dans les fins de semaines. Il est là sans les grands artifices des débuts de relation, sans cette euphorie des amoureux. Mais il y a tout ce jazz, les quelques promenades dans Bastille, la canapé-lit déplié, ces cigarettes ces cigarettes, la fenêtre ouverte. Sur l'air de Paris. Sur un air de musique syncopée. Sur l'air de rien.

Le lundi 17 mars 2008.
On se donne des rendez-vous. On se dit à demain sans chercher à se voir vraiment. J’entends des tonnes de " ça te fera du bien de sortir un peu, de revoir E., d’aller au ciné avec Pablo ". Et finalement. Je me cloître et j’ai tellement de pages à rédiger, d’explications à donner sur des centaines de phrases, d’autres à traduire. Tellement que je ne commence jamais vraiment. Je travaille encore dans l’urgence comme à chaque fois. Même si il y a toutes ces fiches bristols. Je viens de passer une nuit à refaire le monde avec Flaubert. A parler des fantasmes d'Emma. A moins que ça ne soit finalement des miens. L'Ailleurs, tout ça. Je descends les cinq étages de la Fac, j’ai le regard complètement vidé, mes pas sont lents. Je ne regarde personne vraiment. En sortant, il y a ce garçon. Ce garçon dont toutes les filles raffolent. Qui nous tracte avec un beau programme que je ne lirai sûrement pas, au mieux en diagonale. Je voterai pour lui mercredi parce qu’il est blond, beau, grand et qu’il s’habille bien. Parce qu’il faut bien qu’il y est un début à la futilité. La communication c’est des conneries de toute façon. Est-ce qu’on finira à droite ? Je sors d’un cours en ayant tout compris. Sensation agréable de se sentir adroite.
Alors que le Jazz me file du corps ce matin. Les CDs de cette prof que je ne supporte(nt) plus, accordés aux mouvements incohérents par lesquels elle commence tout le temps. Et puis il a fallu tirer le corps le plus loin possible. Tchaïkovski. Grand écart facial, ventre au sol. J’avais mal et c’était bon. Ca tirait aussi dans le corps, dans les cuisses, au bout des doigts. Un mal qui faisait vivement du bien. Cet autre tiraillement que j’aimerais virer de mon ventre. Parce que celui-ci s’incruste, encore plus loin que sous les pores. Sous l’épiderme de velours. J’aimerais qu’il foute le camp, qu’il me laisse respirer une bonne fois pour toute. La Musique me manque, la vie rose bonbon aussi.
Le mardi 18 Mars 2008, 16H18.
Je me rends compte que je suis orgueilleuse. De plus en plus. Est-ce que c’est être fort que d’être orgueilleux ? Je redeviens orgueilleuse et râleuse. J'aime ça. Redevenir un semblant de vie. Même parallèle. Je ne donne pas signe de vie si on ne m’en donne pas. Y’a un peu la peur de déranger aussi. Comme un petit enfant qui ferait la moue. Qui croiserait les bras en faisant la moue. Mais je n’ai plus 4 ans, il faut apprendre à parler avec les gens. La communication c’est des conneries. Arrêter de penser 5 minutes et faire ce que le corps dicte pour une fois. Juste une fois. Lui faire plaisir. * Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. L’esprit se sépare t-il du corps, du cœur. Moi je n’sais pas le faire. Et pourtant c’est ce qu’elle nous a demandé de faire toute à l’heure. De voler. Et je n’ai même pas voulu essayer. Sans doute parce que j’avais peur de prendre le risque de tomber encore plus bas. Que je ne le suis sûrement déjà.









