Le lundi 19 octobre 2009.
'Elle m'a regardé avec des yeux comme elle ne l'avait jamais fait avant.' J'ai trouvé qu'il y avait quelque chose d'irrémédiable dans cette phrase, quelque chose de fatal et j'ai aimé cette fatalité. J’avais peut-être tord. Mais j'avais toujours eu une relation assez fine avec la fatalité et je mettais mise à y penser comme dans un film pour filles qui sort à l'automne.
J'étais une fille suspendue au-dessus de la Seine. Je regardais par la vitre salle du métro aérien et je devais sembler pensive.
J'ai passé la journée dans ces cours d'amphis comme si c'était totalement normal. Alors qu'en fait non ça ne l'était pas. C'était même totalement improbable que cette année encore je passe toute la journée du lundi à entendre s'épuiser le sujet des médias. Je m'étais inscrite pour une année de plus dans une vie qui n'était pas la mienne et je subissais à grandes eaux, ou c'était peut-être à grands bols d'air froid, les mentions du dernier usage de mes probables mauvais choix.
En ce moment je teste, je frappe dans des murs en béton, j'essaie de pousser des portes qui sont fermées à double tour. C'est comme dans l'écriture, c'est comme avec eux les garçons, c'est comme dans tout. Ca ne sert à rien de faire du style de pleureuses, de fille blasée, ça ne sert à rien de dire que je suis fatiguée de tout, de tout ça. Que je n'en peux plus d'être forte et d'encaisser. Que je lâche prise et que je tire des traits sur des gens, sur des raisonnements et sur des ambitions. Ca ne sert à rien de le dire parce que je sais que je ne le ferai pas de toute façon. Parce que tout comme j'avais l'intuition, et ça bien avant la fin du week-end, qu'il allait oublier son livre, j'ai la sensation que ce n'est pas la solution, qu'il faut creuser encore. Je ne sais pas rendre les armes avant l'épuisement, l'absence totale de retour. Je vais au bout du rien.
J'ai passé une bonne partie de la journée assise à côté de ce garçon cynique et qui porte un prénom que j'aime. On avait tous les deux très froid et on parlait de la vie sexuelle sans doute inexistante de cette prof "qui se raccroche". Et quand je lui ai dit que je ne faisais pas le dernier cours, j'ai aimé qu'il me demande doucement avec sa voix grave 'Tu vas Danser?'.
J'aurais pu la mettre au feu ma main pour cette histoire de livre oublié. Mais je ne suis pas là, alors mes intuitions ne servent à rien. A part quand je pressens exactement ce qu'il va se passer.
* [Deauville, Août 2009]
samedi 05 septembre 2009.
Je regardais par la grande fenêtre qui donnait sur l'immense fontaine à côté du parc. Je partais souvent, ailleurs, quand elle m'était tout son coeur à nous transmettre ce qu'elle savait, sur la Danse. Je me disais que ce lieu, c'était une chance. Elle nous apprenait doucement à écrire et c'était long. J'étais fatiguée. Je me demandais comment j'allais faire. Je ne me sentais pas vidée de l'année dernière pour commencer une nouvelle rentrée. Comme ces cours qui ne sont pas encore rangés. Je ne le sens pas. C'est un peu trop pour moi tout ça. Et lorsque nous mangions ensemble, à cette nouvelle cantine, entourés de tous ces jeunes gens passionnés et surtout talentueux, je me sentais timide et tremblante. Oui il faisait froid, mais il y avait le risque qu'on ne se sente pas vraiment chez nous dans cette grande institution. Tu vois, en sortant des vestiaires, je me suis perdue avant de retrouver la sortie.
Il faut revenir à l'essentiel. L'essentiel. Le corps. J'ai senti qu'il n'était plus dans la Danse, qu'il vieillissait, que je ne l'entretenais plus comme avant. Je m'en voulais. Terriblement. J'avais envie de m'envoyer valser et transpirer. M'envoyer Danser et me dire tu vois petite conne, si tu continues comme ça tu vas devoir tout reprendre à zéro. Déjà que tu en est loin. Du compte.
* [Jussieu, Juillet 2009]
Nuit d'alcool - 16/17 octobre 2009
Il y avait sa bouche et il y avait ses rêves. Ses envies d’ailleurs qui sont peut-être, au jour où les secondes passent comme des aimants sans comparaison d’ailleurs ; il y avait ses non-sens. Son arrogance futile et les autres, insondables, irrémédiables, indomptables et cons. Il y avait la vie autour et ça n’avait pas d’importance. Parce que les gens dédoublent les hymnes de l’autre qui se prend pour le créateur de toute une éternité qui est en train de disparaître et de s’affaisser dans les méandres du n’importe quoi. Comme ces amants là, ces amants du n’importe quoi qui cherchent dans des relatives, et qui les enchaînent et qui les déchainent sans contrefaçon. Je ne sais plus parce que je ne suis pas douée, je n’ai plus rien à dire parce qu’il n’y a plus rien à en penser parce que je ne sais plus faire parce que le monde est désolant et ne m’inspire pas. Parce qu’il y a des gens qui m’inspirent confiance et d’autres qui m’inspirent tout court.
Pauser des règles mais pour quoi faire puisque rien n’est un jeu ? Qu’une espèce de mélodrame à la con qui nous empêche d’approuver le monde autour. J’ai la vie entre les mains et le désir oui mais je sors de Lettres et je suis formatée comme un mouton à la con que je n’ai jamais voulu être pour paraitre différent, parce que je n’avais rien d’autre à vendre. Je ne suis pas jolie, je ne suis pas intelligente, je suis pire. Je voudrais me déshabiller, de tout, je ne sais pas non plus ce que je pense moi-même, non je ne suis pas normale, je suis banale au possible, je suis BAISABLE, tu vois ce genre de fille que tu peux prendre en fin de soirée après une bouteille de Vodka pure. Il n’y a plus rien plus rien dans mes yeux ni dans ma voix ni ailleurs. Plus rien de fou. Les mecs de 15 ans, ils ont la pureté, la blancheur ; à 15 ans tout naissait. J’écris pour le monde australien, le reste je m’en branle comme un mec frustré au fond d’un lit blanc.
Justement, il ne me lit pas et c’est ça le plus important. Tu vois c’est bien ça le problème : il y’a plus grand monde à qui se raccrocher parce que les gens me font hurler de rire, ou sourire, ou pleurer. Je voudrais lui dire au monde, que c’est du n’importe quoi. Dans l’embellie, leur connerie épatante. Parce que mon ventre demeure intacte, intacte dans le même ressort. Tu sais cette rage immonde qui gronde depuis ce temps. NON lui il me rassure et me comble d’un bonheur inatteignable que je ne sais pas moi-même. Et lui il a l’air doux assis là-bas, avec un truc rouge entre les doigts, il a l’air vaguement triste, et c’est presque songeur.
Je n’ai pas tout suivi. J’écris pour ne rien dire et alors ?
L’influence tu connais ?
* [Jussieu, Juillet 2009]
dimanche 18 octobre 2009
Il y avait sa bouche et il y avait ses rêves. Ses envies d’ailleurs qui sont peut-être, au jour où les secondes passent comme des aimants sans comparaison d’ailleurs ; il y avait ses non-sens. Son arrogance futile et les autres, insondables, irrémédiables, indomptables et cons.
Ca a commencé comme ça oui. Mais ça aurait dû continuer dans la même lignée. Au lieu de ça, tu t'es assis à côté de moi, à regarder bien plus mon visage à deux doigts de pleurer que ce putain d'écran où j'essayais d'aligner trois mots. Je répondais à ce que tu me disais en tapant vite. Tu me cherchais, tu cherchais la vérité pas vrai ? A ce que je balance tout une bonne fois pour toute. Que je gronde oui, mais au moins sur quelqu'un ou à cause de quelque chose. T'es convaincu qu'il y a encore de la colère à balancer. Tu sais bien qu'il y a un truc à percer, et tu sais quoi, moi aussi je le sais en vrai. Sauf que je suis bloquée parce qu'aujourd'hui je ne sais pas ce que c'est. J’étais bien plus drôle avant, j'étais limite une fille cool. J'rêvais même. Tout ça a changé, le poids des années, des répétitions empiriques de déception et de douleur sans doute aussi. Tu sais c'est l'impuissance aussi qui me bouffe. Y'a ce truc énorme sur ma vie, ce gros mensonge que je nourris de jour en jour. Si je pouvais fuir moi, je le ferai mal. Parce que je me casserai simplement à l'autre bout du monde en pensant que c'est ça la fuite : mettre sur pause, s'accorder un temps de répit pour mieux repartir après. Alors que non, ces envies d'ailleurs ne sont que lâcheté : tout plaquer pour tout refaire. Tu sais ce que j'aimais finalement avec Antov, c'est que c'était lui le répit. Ouais il me l'avait apporté un jour comme ça sans que j’aie trop besoin de payer de ma personne ou de mon corps, sans que j’aie besoin de me forcer à quoique ce soit. Pour le reste, c'est qu'on y rêvait à l'Australie tous les deux. Dans la même direction. On en parlait, on mettait des futurs partout, on vivait de beaux instants qui allaient se transformer en souvenirs, et ça me semblait suffisant. Et le pire dans tout ça, c’est qu’aujourd’hui, on le continue ce rêve. Sauf que lui, maintenant qu’il a décidé de changer vie, il ne doit plus s'en sentir très loin. Ce gros mensonge donc. Et je te l'ai dit, je t'ai dit Regarde la réponse est là. Alors bon de temps en temps j'enrobe un peu les choses. Parce que ça ça ne se dit pas. En fait j'ai peur de faire marche arrière parce que je flippe que tu ne me pardonnes pas d'avoir menti. Quand je dis toi, c’est tous. *
Je suis beaucoup plus tactique que ce que je n'en parais. On en revient toujours à cette idée de la jouer fine. Faire semblant, jouer le naturel. Mais là, pour la première fois, je crois que je me suis pris les pieds dans le filet, mon propre filet bien sûr. Y'a une caméra posée là, et je ne sais pas bien ce qu'elle filme. Tu l'as plantée une ou deux fois sur moi et je me demande bien ce que ça donne en apparence, ce que je rends comme image à l'écran. Si l’on voit ce que je suis ou ce que je fais semblant d'être. J'en avais presque oublié. Les sensations. Bizarrement, j'ai eu plus peur qu'avant. Avant, y'avait pas grand chose à lire. A part deux ou trois blessures adolescentes. Mais tu l’as braquée sur moi et j’ai eu l’impression que c’était comme un flingue pour me faire avouer. Aujourd'hui, je flippe quand on me filme, je flippe que ça fasse comme boire dans mon verre et qu’on y lise mes pensées.
Peut-être qu'au fond, je suis plus maligne que ce que je pense. Mais n'empêche, je n'ai pas aimé comme elle donnait froid cette discussion, à l'angle de la rue Saint-Jacques, dans mon 5ème arrondissement. Ce quartier, c'est tellement bon. Il est en moi depuis le début à Paris. Quatre ans aujourd'hui. Quatre ans que je m'y sens bien et privilégiée d’arpenter ces milieux étudiants. C'est juste que quand je passe devant le Panthéon, je pense à la culture, à Hugues, à Amel aussi parce qu'il y a Bruel qui traîne par là. Je lui disais, cette rue, c'est comme dans la chanson. Mais non vraiment, je ne sais même pas si j'ai déjà pleuré avec quelqu'un à sept heure du mat' dans les rues. Je ne sais pas s'il est nécessaire de dire que je suis rentrée le ventre plein de larmes, les yeux et les joues noirs. Il faudrait que je réfléchisse à tout ça aussi. Parce que faire à l'envers, c'est exactement cette sensation là en ce moment et encore plus la nuit dernière. Le matin se levait aux aurores et moi je baillais d'idéaux foutus en l'air.
Mon monde est bancale, mon monde perd le nord, il est à l'envers et ça donne le vertige. C'est bien qu'elle soit enfin vide cette bouteille de Vodka : on va pouvoir enfin passer à autre chose.
* Aurai-je l'élégance de savoir me faire pardonner?
11 août 2009. J'attends comme une amoureuse. Ca peut-être excitant parfois. Mais ce moment où tu attends de voir son prénom apparaître sur l'écran de ton portable, ce moment, est insoutenable. Ca fait comme une boule là à l'intérieur du ventre. Et le pire, c'est que j'oublie parfois de répondre dans l'instant, et lui aussi, il doit avoir mal au ventre.
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Ce qui était agréable, c'est que les réponses étaient chaque fois douces et estivales. Ce qui était inattendu, c'était quand il m'envoyait "Tu me manqueras quand je serai dans le Sud, parce que tu me manques déja". Quand on venait de se quitter et qu'il mettait "Encore de très agréables moments partagés" ou quand il écrivait aussi "Je t'embrasse très fort" juste ça. Mais c'était bon parce que ce n'est son genre. Ce qui était agréable, c'était lui au juste. Juste là dans ces bras scellés.
12 août 2009. Tu sais, cette sensation d'être en vacances : avoir le coeur serein et le corps qui suit le rythme. Le rythme des vagues de la Seine. Cette sensation, je ne l'avais ressentie que très rarement depuis sept ans. Les quais de Seine m'apaisent profondément.
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Il y avait surtout la sensation de leurs appartenir. Quand il y avait quelques voiliers, des cordages au bord et des voiles baissées. Quand il tenait ma main et qu'il ne la lâchait pas.
[quais de Jussieu, samedi 8 août 09]
Lundi 10 août 09.
Le réveil était difficile parce qu’il y avait encore les volutes alcoolisées dans le sang. Le réveil était difficile parce qu’il y avait encore les bribes de conversation avec Jo. et Miss Cate sur ma conscience. Sur mon côté raisonnable qui prend le dessus sur tout ou sur beaucoup trop. Le réveil était difficile parce qu’il y avait encore les traces du sourire de ce joli blond, provincial – et ça se voyait si fort qu’il l’était – rencontrer au bord des arènes de Lutèce. Le réveil était difficile parce que j’avais entendu jusqu’à tard dans la nuit le son de son didgeridoo et j’avais eu envie de Danser, pas seulement à cause du rosé ou du Lambrusco, des quatre bouteilles qu’on s’était enfilé à quatre, envie de Danser parce que le son produit laissait passer un fil monocorde et volatile qui maintenait constamment en mouvement. Comme un soir de défonce.
Le réveil était difficile parce qu’Antov m’avait donné rendez-vous devant Notre-Dame bien trop tôt pour un dimanche matin.
Jeudi 1er octobre 09.
Aujourd'hui c'est octobre et septembre n'a pas encore eu lieu je crois. J’écrivais des neufs sur les chèques ce matin et j'essayais de ne pas compter jusqu'à huit ce soir. Juste écouter la musique. Balanchine disait Voir la musique et écouter la Danse. Je ne sais pas bien quelle place j'occupe dans la Danse, dans le milieu aujourd’hui, mais je sais davantage celle que j'occuperai demain. Mais la place que je voudrais vraiment occuper, je l’ignore. Ca fait un bien fou de sentir son estomac vide mais son ventre rempli de Danse jazz, de plié, d'after beat, de patting, de double tour et d'espace. Oui le prendre jusqu'à en bouffer celui de l'autre qui n'avance pas devant.
Septembre n'a pas eu lieu. Un mois pendant lequel je me suis sentie là. Dans l'absence. Ce n'est même pas l'attente non. Quand je réponds aux messages qu’on m’envoie, je ne sais pas bien ce que j'écris. Ma concentration est ailleurs. Quelques secondes après avoir appuyé sur ‘Envoyer’ j'ai déjà oublié, les destinataires, les mots écorchés. L'absence, inactive et fiévreuse. Les seuls sentiments que j'ai pu, que j'ai réussi à ressentir ont été la déception. C'est assez affreux de se sentir un organisme juste poser là, dans un silence inconfortable. Poser là comme en pleine jungle mais être résolument transparente et ne même pas se faire bouffer par les autres. Le seul prédateur, le seul vrai prédateur, ça a été moi-même. Et l'attachement insondable que j'ai dans les gens.
Tout est une affaire d'évidence. On ne s'en rend jamais bien compte mais les réponses sont là. A l'intérieur de nous, dans ce qui se dégage de nos peaux, dans les relations intermédiaires. Tout pourrait nous sourire. C'est une question de référentiel merde. Je ne sais plus qui me disait l'autre jour que c'était ça le bonheur, la facilité des choses simples. Mais non putain. A moi ça ne suffit pas. Déjà parce que le bonheur est inatteignable, au mieux on l'effleure. Ensuite parce que ce n'est pas ça mes rêves : passer de bons moments en déjeunant auprès des gens avec qui je me sens bien. Ca ce sont des petits contentements, à prendre bien sûr. Mais non ce n'est pas suffisant. Juste la douce efficacité des choses simples, il paraît que c’est ça la vie. Je finis par croire du reste que je suis mégalomane. Et alors ? Et enfin, même quand j'aurai frôlé le bonheur, ça ne me suffira plus. Parce qu'en plus d'être perfectionniste, je suis une éternelle insatisfaite. Et après ça, on se dira que la seule évidence dans tout ça, c'est qu'on a bien sauté un mois de vie. De v-i-e.
Je pousse mon corps à bout mais je ne sais pas ce que j'en fais. Je dois me lever tôt mais je ne me rappelle pas de ce que je fais de mes journées. Il y a quand même la fatigue et les yeux noirs d'insoumission. J'étais posée là devant les grilles du Luxembourg. Et la situation était l'exacte métaphore de ma vie en ce moment. J'avais donné rendez-vous à quelqu'un qui n'est jamais venu, qui ne viendra jamais. Qu'est-ce que ça va donner? Je m'en fous de savoir ce que nous on va donner. Je veux savoir ce que moi, ce que cette putain de différence vont donner. Je pose des mots dessus aujourd'hui, sur ma différence. Ce n'est pas la Danse, ce n'est pas l'Art. C'est bien ailleurs. Mon caractère, être, ce que je suis, la vision du monde, des gens, des objets. Le doute et l'incertitude ne sont qu'un couple pour les fillettes blondes aux yeux bleus qui se cherchent dans le regard des autres, de l'autre qui s'en fout total, de celui qui ne la regardera jamais aussi bien qu'il se trompe de moi.
Les temps sont durs pour elles, les fillettes. Elles résistent tu sais. Encore un peu m'ont-elles dit. Et je ne sais pas comment elles font.
Je ne sais pas comment je vais faire. Je veux dire sans lui. Depuis qu'il s'est tiré, il ne se passe rien, je ne passe rien, je ne fais rien bouger. Je reste là, insatiable et latente. Dans cet état d'avant que je croyais avoir quitté. C'était trop facile. L'avoir rencontré passer une soirée dans le couloir à la fenêtre d'un appart de Châtelet tous les deux se revoir plusieurs heures d'affilées et commencer à découvrir Paris avec ces yeux à lui sa copine qui le lâche quelques messages pour entretenir la relation se revoir visiter le Paris des touristes se déclarer au bord des quais de Seine se faire des toiles jouer et retenir sa respiration dans le lit bouffer son oxygène manger des glaces et avoir des cailloux dans les spartiates ressentir qu'on se ressemble qu'on est comme un calque posé l'un sur l'autre subir l'arrêt de cette histoire qui, je le ressentais, allait être si bouleversante - oui parce qu'elle aurait changer beaucoup de choses. Ses doigts m'ont transpercé le corps comme aucun autre ne l'avait fait. Je ne mentais pas, je ne trichais pas, s'en était presque trop parfois. J'en avais presque mal tellement c'était bon. C'était un mardi, le 11 août, c'était un mardi. Il m'avait dit que je le fascinais. Alors qu'en fait lui et moi, c'est pareil.
Je commence à ressentir le manque, oui parce que c'est bien de cela dont il commence à s'agir. Je manque de lui. Je manque de sa tendresse. Je manque de nous aussi beaucoup. Demain, je voudrai lui demander de dormir avec moi. Mais je crois que ça ne se fait plus maintenant. Seulement ça me semble tellement naturel. Nous deux. Je veux dire je ne comprends toujours pas et sans doute que lui non plus. Je ne me suis pas rendue compte, au début, quand il avait tout arrêté en cours de route. Et puis après, il y a eu ces jours entiers à me réveiller en pensant à lui, à fermer les yeux en imaginant nos deux corps s’endormir ensemble. D’habitude, je n’aime pas forcément dormir avec quelqu’un d’autre. Mais je ne sais pas, il y avait tellement de douceur dans notre été. Je me levais au dernier, tout dernier moment, histoire de profiter depuis l’intérieur. Parce que le sentir me faisait du bien, l'impression que dans ces bras j'étais quelqu'un.
C'était trop facile. Ce changement qui arrivait, ce changement que j'attendais depuis 4 ans, il ne pouvait pas aboutir avec cette rencontre évidente, claire, et bleue. Petite conne, ça ne t'arrive jamais comme ça. Aussi calmement, aussi simplement. Bien sûr qu'en la facilité je ne crois pas beaucoup. Je ne fais pas depuis. Parce que je passe le temps dans une mélancolie assassine. Je me force à être efficace dans la solitude. Ca ne marche pas. Je ne suis pas constructive, je ne suis pas rentable. Je sais qu'il faut faire même si c'est pour défaire après. Mais là vraiment, c'est trop pour moi.
Le 04/08/2009.
On se dissout du temps qu'il reste à vivre et de celui pour pleurer. Les âmes portent leurs origines dans leurs veines et je pourrais rester là des secondes entières encore à écrire sans réfléchir au sens que je voudrais bien donner à mes mots.
Les deux jours passés ont été guidés au rythme des pauses clopes de la fille du 2ème étage, de la cantine le midi avec les jeunes de la boîte et des badges qui comptent nos heures de travail. Le monde de l'entreprise me paraît tellement ennuyeux mais si reposant. Reposant parce que je ne pense pas : à l'année prochaine, à que(s) Master(s) choisir et s'il faut vraiment faire un choix, à Antov, ces yeux bleus, son chapeau de paille, son Louvre, cette soirée, cette soirée il y a quelques semaines déjà, à Hugues qui me déçoit dans l'absence et parce qu'elle pèse, à Julien peut-être un peu aussi et en fait à ce putain de spectacle qui n'avance pas parce que je n'ai pas trouvé l'impulsion qui me rendra de nouveau créative. On me demande de rentrer des données, d'informatiser, d'archiver les dossiers, de traiter le courrier. On me demande, on m'explique, je fais. Elle dit que je comprends vite. Et je ne pense pas, (juste) à ce régime et la bouffe qui devient obsession.
Et le pire dans tout ça, c'est que j'écris ce texte foireux et merdique dans un bureau vide. Et que le temps coule encore et se cumule sur ma carte qu'il faut pointer quatre fois par jour.
Hier matin, au cinquième étage, j'ai entendu la voix de la sœur de Marich passer devant les portes de l'ascenseur. Et je l'ai vu passer en coup de vent. Je l'ai reconnue. Le ventre s'est serré. Le sang n'alimentait plus. Et comment je n'ai pas pensé qu'elle travaillait là! C'est plus tard que j'ai compris pourquoi j'avais atterri dans la boîte. A la pause de 16H, je me suis cachée derrière des mèches de cheveux quand elle est arrivée. Finalement, elle est venue, souriante, dans le bureau 620, me dire 'T’aurais pu venir me dire que tu bossais là!'.
Ici, là, ces déictiques me font hurler de rire. Oui physiquement je suis là bien présente, mais l'esprit est loin, il divague sans cesse à la recherche de cet ailleurs qu'il me tarde de choper par le cou.
C'est fou comme les gens se lassent et sont lassants. C'est fou comme le monde m'interpelle parfois. En ce moment cependant, ce n'est pas la peur du vide non. C'est cette envie de Paradis perdus dans les cimes des vagues à l'âme.
La lumière blanche fut. Je nais d'un amour naissant, d'une mélancolie prématurée. Je mourrai de trouille de n'avoir pas assez vécu. [18H11]
L'été fait la résistance aux années de froid dans les coeurs d'enfants qui se sentent seuls dès que l'hiver arrive trop vite. J'ai passé la grille du jardin gorgé de soleil sur les coups de midi pour ramener les CDs et elles m'ont dit 'Tu as mangé? Assis toi'. Et c'était bon, juste bon de prendre un peu son temps même si j'aurais dû refuser pour aller travailler cette putain de variation d'examen. Je me sens étouffée en ce moment. Mais là, je ne sais pas. Il y avait quelque chose dans l'air. Quelque chose d'insoumis et de purement simple. Quelque chose à ma portée. De la facilité, ce genre de facilité qui m'est inhabituelle. On parlait Danse, de la Compagnie, de concours chorégraphiques, de compagnies en résidence dans les théâtres, de Paul, le bébé qui a aujourd'hui six dents et qui sait marcher. Ce n'est pas seulement que je viens de rentrer de ce déjeuner improvisé, qu'il y a une apologie des Beatles dans le poste CD de mes années collège ou lycée, ce n'est pas seulement que je suis assise au bureau sur lequel je n'ai jamais vraiment travaillé, sur cette chaise en culotte. Ce n'est pas seulement le velux qui réfléchit si fort les rayons du soleil de septembre. Ce n'est pas seulement que je suis seule dans cette ville inhabitée. C'est de la douceur, qui donne envie de réponses simples et particulières à la fois. La beauté des choses simples, et accessibles. Trois accords, quatre voix qui se mélangent dans les c(h)oeurs et on en comprendrait presque l'anglais et les textes avec eux. C'est juste ainsi soit la vie. Simple, efficace, rigoureuse et preneuse. Juste là, dans le superficiel du profond. Pas des grands intérieurs et toutes les questions qui épuisent. Juste au bord de l'essentiel, de l'inévitable si on veut parvenir au calme. Juste être là, dans un léger sourire qui donne envie. J'attends 16 heures pour la première répète de la quatrième saison avec la Compagnie. J'attends et j'ai hâte. C'est toute une histoire.

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